2018/04/10 16:33 KST

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La «liste noire» comprenant plus 9.000 artistes a été utilisée sous l'administration Park

Le porte-parole de la commission d'enquête sur la liste noire, Lee Won-jae, au cours d'une conférence de presse le 10 avril 2018 dans le centre de Séoul.
Le porte-parole de la commission d'enquête sur la liste noire, Lee Won-jae, au cours d'une conférence de presse le 10 avril 2018 dans le centre de Séoul.

SEOUL, 10 avr. (Yonhap) -- Une liste rassemblant plus de 9.000 artistes jugés critiques à l’égard du gouvernement a bel et bien été établie sous l’ancienne administration Park Geun-hye pour être appliquée réellement en vue de les exclure des projets bénéficiant de subventions gouvernementales, notamment des programmes qui ont été organisés dans le cadre de l’Année croisée Corée-France 2015-2016, a fait savoir ce mardi une commission publique-privée ayant pour objectifs d'établir la vérité sur la «liste noire» de personnalités des milieux culturel et artistique et d’améliorer le système.

Lors d'une conférence de presse à Séoul, la commission a dévoilé pour la première fois l’intégralité du document incluant les noms de 9.473 personnes et constitué de 60 pages de format A4 imprimées en mai 2015, confirmant qu’il a été utilisé comme un moyen d’exclure les artistes critiques à l’égard du gouvernement des programmes subventionnés par l’Etat.

«Nous avons obtenu ce document dans le cadre d’une enquête sur la liste noire liée à "l’Année croisée Corée-France" et plusieurs témoignages selon lesquels ce document a été réellement utilisé comme une liste noire pour exclure (ces personnes) des projets», a déclaré le porte-parole de la commission, Lee Won-jae.

Selon la commission, ces 9.473 personnes ont été classées dans quatre catégories différentes : groupe ayant participé à une déclaration appelant à annuler le décret du gouvernement sur le Sewol, groupe ayant dénoncé le gouvernement pour sa réponse lors du naufrage du Sewol, groupe ayant affiché son soutien au candidat Moon Jae-in et groupe ayant affiché son soutien au candidat Park Won-soon.

Le bureau du conseiller en chef en charge de l’éducation et de la culture de Cheong Wa Dae a ordonné en avril 2015 au ministère de la Culture, du Sport et du Tourisme de dresser cette liste et a demandé plus tard à ce dernier d’exclure toutes les personnes figurant sur la liste des projets subventionnés par le gouvernement.

Selon les résultats de l’enquête de la commission, des officiels du Service culturel et d’information coréen (KOCIS) qui ont reçu ce document par le biais du ministère de la Culture ont vérifié les candidats un par un pour s’assurer qu’aucune des personnes faisant partie de la liste ne puisse participer aux projets mis en place dans le cadre de l’Année croisée Corée-France 2015-2016 destinée à célébrer les 130 ans des relations bilatérales.

Un officiel du département de la politique des arts du ministère de la Culture qui était en charge de la gestion de ce document a avoué avoir transmis cette liste à d’autres départements du ministère à chaque fois qu’ils en avaient besoin pour sélectionner les bénéficiaires des projets subventionnés par le gouvernement.

La présence de cette liste a été dévoilée par un rapport d’un média en octobre 2016, déclenchant le scandale dit de la «liste noire» des personnalités des milieux culturel et artistique. Cela dit, la ministre de la Culture de l’époque, Cho Yoon-sun, avait catégoriquement rejeté l’existence d’une telle liste.

La commission a conclu que le bureau présidentiel avait ordonné d’appliquer cette liste noire à l’ensemble des événements et projets culturels et artistiques organisés au cours de l’Année croisée Corée-France et le Service national du renseignement (NIS) avait également été impliqué dans la mise en œuvre de cette instruction et l’inspection.

Plusieurs départements du ministère de la Culture, le KOCIS, l’ambassade de Corée du Sud en France, le Centre culturel coréen à Paris et le comité d’organisation de l’Année croisée Corée-France avaient tenu des discussions préliminaires en vue d’appliquer cette liste noire, selon la commission.

Dans le cadre de l'application de la liste noire, le soutien au musée Lee Ung-no en vue d'une exposition en France a été annulé, des œuvres du photographe Noh Sun-tag ont été censurées, des artistes figurant sur la liste noire n’ont pas pu participer à des pièces théâtrales dont «L’Empire des lumières» et les écrivains Hwang Sok-yong et Han Kang ont été exclus du programme de participation au Salon du livre de Paris.

La commission a également noté que l’ancienne présidente Park avait alloué un budget à un événement de dégustation de cuisine coréenne à Paris auquel elle a participé lors de sa visite d’Etat en France en seulement trois jours pour favoriser son amie de longue date Choi Soon-sil.

L'Année croisée Corée-France s'est déroulée de septembre 2015 à décembre 2016 afin de célébrer le 130e anniversaire des relations diplomatiques à travers divers événements culturels et artistiques dans plusieurs grandes villes des deux pays avec un budget total de plus de 10 milliards de wons (9,4 millions de dollars).

Compte tenu de l’ampleur de la célébration de cet événement diplomatique, il pourrait exister d’autres cas où des artistes ont vu leur participation rejetée de manière injuste, a estimé la commission.

lsr@yna.co.kr

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