2018/05/16 18:39 KST

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(FOCUS) L'énervement de la Corée du Nord présage des négociations difficiles

SEOUL, 16 mai (Yonhap) -- Les négociations entre les Etats-Unis et la Corée du Nord sur la dénucléarisation s'annoncent difficiles suite au récent énervement de Pyongyang, ont estimé ce mercredi plusieurs experts.

La Corée du Nord a brusquement suspendu aujourd'hui la tenue de discussions intercoréennes de haut niveau pour protester contre les manœuvres militaires menées par Séoul et Washington, menaçant même de ne pas participer au sommet du 12 juin à Singapour avec le président américain Donald Trump.

Ce sursaut du régime communiste est selon les analystes une tentative d’augmenter son pouvoir de négociation et un rappel des concessions qu'il attend de la part de Washington et Séoul.

«Cela a apparemment eu pour objectif de permettre au Nord d'avoir la main haute pendant les discussions sur la dénucléarisation, en particulier en ce qui concerne la question centrale d'une garantie de sécurité pour le régime», a déclaré Park Won-gon, expert en sécurité à l'université global Handong, à l'agence de presse Yonhap. «Après tout, le Nord a en tête deux points essentiels, à savoir les manœuvres militaires et le déploiement d’atouts stratégiques américains sur la péninsule. Il veut s'attaquer à ces problèmes plutôt que briser l'élan des discussions.»

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un (image de Yonhap News TV).
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un (image de Yonhap News TV).

Les exercices aériens militaires Max Thunder, qui se tiendront jusqu'au 25 mai, impliquent plus de 100 avions, notamment huit chasseurs furtifs américains F-22. Pyongyang a qualifié ces exercices de provocation et de répétition à une invasion, tandis que les alliés soulignent leur caractère défensif.

La protestation de la Corée du Nord a surpris car le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a dit plus tôt cette année «comprendre» les manœuvres conjointes.

Koh Yu-hwan, professeur en études nord-coréennes à l'université Dongguk, pense que les exercices aériens ont provoqué la colère du Nord car Pyongyang désirait qu'ils soient interrompus, le régime ayant décidé de ne pas mener de tests de missiles à longue portée et d'essais nucléaires et de démanteler son site d'essais nucléaires. «Pyongyang semble penser que malgré qu’il ait pris ses propres mesures unilatérales pour interrompre ses tests nucléaires et démanteler son site d’essais, qui ont toutes pour but de tisser des liens de confiance, il n'y a pas eu en retour de changement dans les positions de Séoul et Washington», a dit Koh.

«Vu que la phase de négociation vient de débuter, il est possible que Pyongyang ne veuille pas la quitter, mais sa décision de suspendre les discussions intercoréennes pourrait avoir pour but de réaffirmer qu'il n'est pas disposé à participer à des négociations “humiliantes”», a-t-il ajouté.

Le vice-ministre nord-coréen des Affaires étrangères Kim Kye-gwan a déclaré, après l'annonce de la suspension des discussions intercoréennes, que la Corée du Nord pourrait reconsidérer la tenue du sommet entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président américain Donald Trump. Le vice-ministre a averti que le Nord n'est pas «intéressé» par des discussions qui l'obligent à renoncer «unilatéralement» à son programme nucléaire.

Les officiels américains ont fait savoir ces dernières semaines qu’ils privilégient une dénucléarisation stricte et rapide ainsi que le démantèlement des programmes de missiles balistiques et d’armes biologiques et chimiques de la Corée du Nord, tout en faisant miroiter une prospérité économique en cas d’achèvement du processus de dénucléarisation.

C'est ce qui aurait pu irrité le Nord, qui a pour sa part mis en avant un processus «simultané et progressif».

«Au cours des préparatifs au sommet Corée du Nord - Etats-Unis, Washington a fait pression sur le Nord pour qu'il se débarrasse de ses armes nucléaires et de ses autres armes et améliore sa situation des droits de l'Homme. Le Nord, en un sens, a utilisé la suspension des discussions intercoréennes pour montrer son mécontentement», a analysé Shin Beom-chul, chercheur à l'Institut d’études politiques Asan.

mathieu@yna.co.kr

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