SNS Share
Article View Option

2016/05/31 10:58 KST

(Interview Yonhap) Une matière unique française d’impression 3D cherche des partenaires coréens

Jean-Jacques Fouchet (au centre) avec un visiteur lors des French Tech Days à l'hôtel InterContinental Seoul COEX, le 30 mai 2016
Jean-Jacques Fouchet (au centre) avec un visiteur lors des French Tech Days à l'hôtel InterContinental Seoul COEX, le 30 mai 2016

SEOUL, 31 mai (Yonhap) -- La jeune pousse française Z3DLAB, créée en janvier 2014, spécialisée dans la fabrication additive métal-axe et basée à Montmagny dans le département du Val-d’Oise, est venue à Séoul à l’occasion des «French Tech Days» pour la recherche de partenaires locaux pour sa poudre unique au monde destinée à la fusion laser.

Cette matière, brevetée internationalement sous le nom de ZTi-Powder, est composée de titane et zircone, faisant d'elle la plus dure au monde. Avec la croissance du marché de l’impression 3D, cette matière unique, qui résout les problématiques liées à l’usure, à l’oxydation ou aux allergies chez les utilisateurs, a un potentiel énorme en termes d’applications dans les secteurs médical, dentaire, aéronautique, automobile, énergique et du luxe, d’après la société Z3DLAB.

Dans l’après-midi du 30 mai, à l’hôtel InterContinental Séoul COEX, dans le quartier sud de la capitale sud-coréenne, se sont déroulées des rencontres B2B (business to business) entre des jeunes pousses françaises Fintech, Medtech/e-health et de l’Internet des objets et des entrepreneurs sud-coréens.

Des stands d'exposants des French Tech Days à Séoul, le 30 mai 2016
Des stands d'exposants des French Tech Days à Séoul, le 30 mai 2016

Le cofondateur et vice-président de la société Z3DLAB, Jean-Jacques Fouchet, a accordé sur place une interview à l'agence Yonhap et a expliqué les raisons qui l'ont poussé à venir en Corée. Il a alors indiqué que sa première visite dans le pays datait de l’an dernier et qu'elle lui avait laissé une bonne impression tant dans l’aspect des affaires que dans celui de la communication humaine.

Pour ses perspectives sur les marchés coréen et mondial, il a émis des réserves avec humour : «On est une petite structure donc, comme un moustique, on avance vite, on pique à droite, à gauche, on ne fait pas des gros trous, mais on en fait beaucoup.»

Possédant une formation d’ingénieur d’une grande école, Fouchet a travaillé dans le secteur bancaire et dans des grands groupes avant d'arriver dans le secteur de la production additive en espérant que l’additif réalisera la même chose que le PC qui a remplacé les gros systèmes.

Ci-dessous, l’extrait de l’interview avec Jean-Jacques Fouchet :

Un produit prototype de Z3DLAB
Un produit prototype de Z3DLAB

-- Pouvez-vous nous présenter votre produit ?

▲ On est dans ce que l’on appelle la fabrication additive. C’est ce qui s’oppose à l’usinage qui est la fabrication soustractive. Avec la fabrication soustractive, on va sculpter dans une pièce et donc retirer de la matière. Avec la fabrication additive, on part d’un lit de poudre, on a rien, et le laser vient fusionner la poudre pour donner la pièce.

Cela fonctionne avec des matériaux qui sont sous forme de poudres prêtes pour la fusion laser. On a fait un métal nouveau, un titane enrichi en céramique, ce qui n’avait jamais été fait. Des tentatives avaient été faites mais ça n’avait pas fonctionné.

-- On dit que vous avez un brevet unique au monde.

▲ Disons que non, les brevets ne sont pas uniques au monde, mais nous avons un brevet dans un créneau qui est unique au monde et du coup, notre brevet va forcément consolider la position que nous allons avoir puisqu’il n’y a personne en face. [...] La céramique fusionne à 2.800 degrés et le titane à 1.600 degrés environ. Il y a beaucoup d’écart entre les deux et donc on ne peut pas fusionner deux poudres qui fusionnent à différentes températures. Mais puisqu’on a travaillé sur différentes échelles, on y est parvenu. Nous avons donc déposé des brevets, avons eu des retours et il n’y avait personne. […]

Ce produit est plus dur et plus résistant que le titane actuel parce que de la céramique y est incorporé. Il y a beaucoup de possibilités d’applications. On ne va pas remplacer le titane actuel parce que là où il fait bien son travail, il n’y a pas de raison de le remplacer. Mais il y a d’autres applications où ce n’est pas le cas. On s’est même fait approcher par des gens du luxe auquel on ne s’attendait pas, il y a des applications partout.

-- Comment évaluez-vous le potentiel de votre produit ?

▲ On n’a pas fini de nous développer. Pour développer un nouveau matériau dans la métallurgie, c’est entre 15 et 20 ans. Nous, on va être dans les trois ans maximum, donc les temps de production (sont réduits). La fabrication additive métal, ce sont les fonderies d’aujourd’hui.

Vous savez qu’aujourd’hui il y a de moins en moins de fonderies et, dans les fonderies, vous ne changez pas les produits comme cela. La fonderie est conçue pour les matières qu’elle reçoit, tandis que dans les imprimantes 3D métal, ce sont des fonderies dans lesquelles on peut changer la matière très facilement, ce qui accélère le développement de la matière.

-- Quel aspect vous a attiré pour venir présenter votre matériel en Corée ?

▲ J’étais venu l’an dernier en Corée pour voir une petite société coréenne qui fait des imprimantes de bureau. J’ai été très bien reçu par ces gens. Parfois vous faites des affaires parce que vous cherchez à résoudre une problématique, mais en plus quand vous avez des êtres humains en face, ce n’est pas la même chose. On fait autre chose. On a résolu notre problème, très bien, mais quand on a résolu une communion, c’est encore autre chose. […]

Et cette année quand la BPI (Banque publique d’investissement) en France nous a mis parmi les «excellences BPI», elle nous a invités à une réunion où il y avait French Tech. Quand ils nous ont dit «vous devriez aller en Corée avec French Tech», j’ai dit «oui».

-- Y a-t-il un potentiel de commercialisation de votre matériel en Corée ?

▲ On a été contacté par une société coréenne, parce qu’ils sont intéressés. Je ne sais pas s’ils ont bien compris ce qu’est l’additif et si ça rentre bien dans leur secteur, eux qui sont dans la fabrication de semi-conducteurs. […] Donc effectivement, ça peut les intéresser, mais après ce sera eux qui viendront avec leur savoir-faire et qui verront si ça peut s’adapter pour eux ou pas. Moi, je ne peux pas répondre. […]

Nous leur avons donc dit que «nous sommes en train de développer ça, donc nous pouvons continuer à développer des choses ensemble. Nous pouvons même faire le tuning de la matière avec les pièces dont vous avez besoin pour avoir quelque chose qui soit aux petits oignons», mais est-ce que ça va se faire ? Je ne sais pas, c’est en discussion.

-- Et dans le secteur de la santé par exemple ? L’application est vaste.

▲ Oui, là c’est la même chose, l’application est vaste. Mais là, on a aussi une nouvelle matière basée sur le même principe que la première, sauf que ce n'est pas du titane avec de l’aluminium et de la céramique. Non, c’est juste du titane et la céramique n’est pas une céramique dure, c’est une céramique normale. Elle n’est pas étrillée et donc on a un composite qui lui, au lieu d’être très dur va être très souple. Là, ça n’intéresse pas l’industriel d’avoir quelque chose de souple. Par contre le médical oui, parce que c'est ce que l’on recherche dans le médical.

Ce que l’on veut résoudre (dans le médical), c’est ce qui s’appelle le «stress-shielding». C'est-à-dire que les implants sont tellement durs que les cellules autour des implants finissent par mourir, ce qui crée des micromouvements au niveau des implants et ce qui explique que l’on ait besoin de changer les implants au bout de dix ou quinze ans. […] Vous savez ce qu’on dit : «Regardez les enfants comme ils sont vivants, ils n’arrêtent pas de bouger ! Ah, là il est mort, il ne bouge plus», c’est pareil pour l’os.

-- Vous êtes sûr de votre succès et de sa commercialisation dans le domaine médical ?

▲ Dans le domaine médical, ce qu’on a là est tout de suite commercialisable, parce que c’est du titane et le design est breveté aussi. Donc ce design là, il n’y a jamais eu d’implant dentaire encore, mais on a déjà le prototype, donc si une boîte coréenne veut faire des implants dentaires en additif, on est prêt. On peut même les aider à s’installer en additif, à choisir les machines, à mettre les procédés en place, ça on sait faire, on est des experts en la matière.

-- Et à l’échelle mondiale ?

▲ Ah non, on est en dessous du radar, personne ne nous voit encore. On n’est pas flashé pour le moment. Heureusement, parce que ça nous a laissé le temps de nous poser et de finir ces choses là. Vendredi, on a implanté une quinzaine de ces implants dans un animal et on avance, on est en train de monter gentiment. Mais on est une petite structure donc, comme un moustique, on avance vite, on pique à droite, à gauche, on ne fait pas des gros trous, mais on en fait beaucoup.

Propos recueillis par Oh Jeong-hun et Sonia Chaïeb

(FIN)