(FOCUS) Après 65 ans d'armistice, la Corée cherche à établir plus qu'une paix fragile

2018/07/26 17:07 KST

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(FOCUS) Après 65 ans d'armistice, la Corée cherche à établir plus qu'une paix fragile

SEOUL, 26 juil. (Yonhap) -- Tout juste 65 ans après la signature de l’armistice qui a mis fin à la guerre de Corée (1950-1953), la Corée du Sud tente de conclure un accord de paix permanent, une tâche longtemps entravée par les discordes domestiques, la méfiance transfrontalière et les écueils géopolitiques.

Séoul va marquer l'anniversaire de l'armistice demain avec l'espoir que sa campagne de paix aidera à réduire les tensions frontalières, dénucléariser la Corée du Nord et ouvrir la voie à une paix durable sur la péninsule divisée.

Cet anniversaire constituera un autre rappel du travail inachevé dans le sillage de la guerre froide : mettre un terme au statut instable de l'armistice qui a oscillé entre une hostilité intense et un rapprochement fragile.

«La fiabilité de l'armistice découle du fait qu’une deuxième guerre de Corée n'a pas eu lieu, malgré de nombreuses violations, son cadre de base est resté intact, permettant la gestion stable de la péninsule divisée», a déclaré Park Won-gon, expert en sécurité à l’université globale Handong.

«Cependant, l'armistice n'a pas réussi à repousser les provocations mineures, même si cela a aidé à prévenir une guerre à part entière. Cela montre que c'est un accord qui est encore instable. Une raison pour laquelle beaucoup s'accordent sur la nécessité d'un traité de paix pour le supplanter», a-t-il ajouté.

Cette photo, prise le 25 juillet 2018, montre des étudiants sud-coréens venus de l'étranger pour exprimer leur vœux de paix sur la péninsule coréenne à Paju, à environ 50 kilomètres au nord-ouest de Séoul.
Cette photo, prise le 25 juillet 2018, montre des étudiants sud-coréens venus de l'étranger pour exprimer leur vœux de paix sur la péninsule coréenne à Paju, à environ 50 kilomètres au nord-ouest de Séoul.

Le 27 juillet 1953, le général américain Mark Clark, commandant des armées de l’ONU à l’époque, le commandant suprême de la Corée du Nord Kim Il-sung ainsi que Peng Dehuai, commandant de l’Armée des volontaires du peuple chinois, signèrent l'armistice après deux années de négociations acharnées sur les prisonniers de guerre, la démarcation militaire et d’autres questions épineuses.

Le cessez-le-feu devait rester temporaire avec l'intention de tenir une réunion politique trois mois plus tard pour mettre définitivement fin à la guerre. La réunion a bien eu lieu en 1954, mais s'est soldée par un échec à cause de disputes sur le retrait des forces étrangères et d'autres désaccords.

L'armistice, soutenu par la supériorité militaire de l’alliance entre la Corée du Sud et les Etats-Unis, a depuis évolué en un régime de sécurité unique, sinon bizarre, qui a aidé la péninsule à maintenir un semblant de stabilité.

«L'armistice nous rappelle que parfois les accords diplomatiques momentanés prennent un statut permanent que peu d’officiels attendaient», a déclaré Patrick M. Cronin, directeur du programme de sécurité Asie-Pacifique au Center for a New American Security (CNAS) basé à Washington.

«Alors que l'armistice sera un jour remplacé, nous ne devons pas l'éliminer à la hâte, étant donné qu'il a constitué un frein contre le retour à une guerre ouverte», a-t-il ajouté.

Bien consciente des risques et des opportunités, l'administration progressiste de Moon Jae-in s'est efforcée d'aller au-delà de l'armistice en poussant le Nord à changer de cap vers la dénucléarisation et un régime de paix permanent.

La première étape majeure de cet effort ambitieux sera la déclaration de la fin officielle de la guerre de Corée, une décision politique et symbolique qui, selon Séoul, pourrait contribuer à la transition vers un accord de paix solide.

Lors du sommet intercoréen d'avril, Moon et le leader nord-coréen Kim Jong-un ont accepté de poursuivre des réunions trilatérales entre les deux Corées et les Etats-Unis ou des réunions quadrilatérales impliquant les deux Corées, les Etats-Unis et la Chine dans le but de mettre officiellement fin à la guerre de Corée cette année et d’obtenir un régime de paix «permanent et solide».

Ils ont affirmé que l'établissement d'un régime de paix était une «mission historique qui ne doit plus être retardée». Mais cette mission peut impliquer un long processus chargé d'une série de défis, y compris des rivalités entre les grandes puissances pour exercer leur influence sur la péninsule, selon les analystes.

Cette assemblage d'images, fournie par Yonhap News TV, montre une poignée de main entre le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un lors de leur sommet au village frontalier de Panmunjom le 27 avril 2018.
Cette assemblage d'images, fournie par Yonhap News TV, montre une poignée de main entre le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un lors de leur sommet au village frontalier de Panmunjom le 27 avril 2018.

«Je crois qu'une déclaration politique mettant fin à la guerre est possible au cours de cette année civile, mais un remplacement officiel de l'armistice prendra plusieurs années ou plus», a déclaré Cronin.

«Les Etats-Unis et la Corée du Sud devraient veiller à ce que la dénucléarisation et la paix soient négociées parallèlement, en évitant l'émergence d'un fossé qui pourrait accroître les risques ou mettre en péril ce qui reste une recherche ténue pour sortir de la guerre froide avec la Corée du Nord.»

Les défis pour la paix de Séoul proviennent de multiples fronts. Le principal d'entre eux est la divergence entre Washington et Pyongyang sur la façon d’appliquer l'accord du sommet de leurs dirigeants convenu le mois dernier afin de travailler à la «dénucléarisation complète» de la péninsule.

Le Nord donne la priorité à la fin officielle de la guerre comme premier pas vers la paix, mais les Etats-Unis pensent que la déclaration ne doit intervenir qu'une fois que le royaume ermite aura pris des mesures tangibles de dénucléarisation.

En dehors du calendrier, la question de savoir comment parvenir à la dénucléarisation demeure également source de discorde, Washington souhaitant apparemment une déclaration complète des programmes nucléaire et balistique de Pyongyang ainsi qu’une vérification claire du désarmement. De son côté, Pyongyang préfère un processus progressif ou prolongé qui implique des compensations en chemin.

L’un des autres défis est la méfiance et les inquiétudes entre deux grandes puissances, les Etats-Unis et la Chine, relatifs à tout changement dans le statu quo de la péninsule qui pourrait miner leurs intérêts stratégiques et faire pencher la balance régionale en faveur de leurs rivaux respectifs.

«L'ossification d'un régime de paix au-delà du statut d'armistice n'est possible que lorsque convergent les intérêts des Etats-Unis et de la Chine. Cependant, tous les acteurs sont intéressés par un tel changement désormais, bien que cela soit forcément une tâche décourageante», estime Nam Chang-hee, professeur de politique internationale à l'université Inha.

«Considérant que le régime d'armistice est en place depuis si longtemps, briser ce statu quo est un défi et nécessite la recherche d'un nouvel équilibre d'intérêts entre Washington et Pékin», a-t-il souligné.

Trouver un terrain d'entente entre les grandes puissances semble néanmoins être une tâche herculéenne, car elles se sont heurtées à une série de questions éphémères, allant de la politique commerciale et de change à la sécurité maritime en mer de Chine méridionale ainsi qu’à la question de «valeur fondamentale» de Pékin à Taïwan.

Leur confrontation pourrait également dégénérer car ils pourraient rivaliser face aux gains relatifs d'une transition vers un régime de paix en Corée. La Chine pourrait craindre que le régime de paix signifie une amélioration des relations Washington-Pyongyang et une plus grande influence américaine sur la péninsule, ont indiqué des experts.

«Les Etats-Unis et la Chine abordent la question de la péninsule dans le cadre de leur vaste échiquier, qui implique leurs calculs sur diverses questions qui se déroulent dans différents endroits du monde, tandis que les deux Corées se penchent sur la péninsule», a déclaré Kim Han-kwon, expert de la Chine à l'Académie diplomatique nationale de Corée (KNDA).

«Surmonter les différentes approches nécessiterait un processus long et compliqué», a-t-il ajouté.

Au milieu de l'intensification de la rivalité sino-américaine, Pyongyang reste aussi un joker, car il semble jouer un rôle dans le délicat exercice d'équilibre qui pourrait compromettre la coopération Washington-Pékin pour la paix dans la péninsule.

Cette image, fournie par Yonhap News TV, montre le président chinois Xi Jinping (à d.) et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un.
Cette image, fournie par Yonhap News TV, montre le président chinois Xi Jinping (à d.) et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un.

Les défis viennent aussi du Sud. Les Sud-Coréens, en particulier les politiciens, se déchirent sur la façon de faire la paix avec le Nord. Les conservateurs sont favorables à une approche stricte fondée sur les sanctions et les progressistes préconisent le dialogue et la réconciliation. C’est la raison pour laquelle la politique de Séoul à l'égard de Pyongyang a fluctué au cours des dernières décennies.

«Alors que le gouvernement de Moon doit concentrer son énergie sur une vision stratégique commune pour rassembler tous les acteurs extérieurs dans les efforts de paix, il fait également face à un dilemme en interne, ce qui signifie que cette vision pourrait être difficile à vendre au grand public en raison d’une polarisation sociale sur cette question», a déclaré Nam de l’université Inha.

Sur le front intercoréen, ce qui est nécessaire, ce sont les mesures de confiance et le contrôle des armements qui contribueraient à atténuer les tensions et les antagonismes transfrontaliers ainsi qu’à accélérer le processus de promotion d'une paix véritable, selon les analystes.

«Un traité de paix n'est qu'un traité institutionnel, l'histoire a montré que trop de traités de paix se sont effondrés, soulignant la nécessité de réduire les tensions et de contrôler les armes conventionnelles pour aller au-delà d'un traité (papier)», a affirmé Park de l’université globale Handong.

Séoul a déjà entamé des pourparlers avec Pyongyang sur les mesures de confiance telles que la restauration complète de leurs lignes de communication militaires sur terre et en mer ainsi que les moyens de réduire les tensions en désarmant l'aire de sécurité commune dans la Zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corées.

lp@yna.co.kr

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