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Une existence tendue sur la frontière avec la Corée du Nord
Yeoncheon, Corée du Sud, 14 mars (Yonhap) – Presque un an s’est écoulé depuis qu’il a commencé à passer ses nuits à observer la Corée du Nord depuis sa guérite de sentinelle, mais le sergent Yu Geon-hee se raidit au moindre bruissement.
Affecté près de la frontière lourdement armée séparant les deux Corées à un poste de garde avancé (PGA), le jeune soldat sud-coréen dit qu’il ne regrette jamais d’être à moins de 2 kilomètres du poste de garde nord-coréen le plus proche – et d’avoir l’ordre de tirer à vue sur toute chose venant à traverser la frontière.
« Nous sommes en état d’alerte élevé depuis qu’un Nord-Coréen a traversé la ligne de démarcation militaire plus tôt ce mois-ci (pour passer au Sud) », confie le sergent de 22 ans à l’approche de minuit. « C’est la période la plus calme de la nuit. Depuis que j’ai été affecté à ce PGA il y presque un an, mon corps réagit automatiquement au moindre bruit ».
Yu fait partie des douzaines de soldats soigneusement sélectionnés pour être en poste au PGA de Yeoncheon, à environ 60 kilomètres au nord de Séoul, et à moins de 140 kilomètres au sud de la capitale nord-coréenne, Pyongyang.
Gardant une zone située à quelques encablures de la Zone Démilitarisée divisant la péninsule coréenne, l’unité Mujeok Taepung (signifiant « invincible typhon » en coréen) a presque terminé sa mission d’un an. Elle sera bientôt relevée par une autre unité.
Divisée en deux équipes, les troupes du Midwestern PGA ne dorment pas plus de cinq heures par jour, se relayant pour inspecter la barrière de fils de fers barbelés afin de vérifier la présence éventuelle de passages et contrôler les postes de garde situés sur les pentes en M, surnommées par les soldats les ‘McDonald’s Hills’ (les collines McDonald).
La Corée du Sud a utilisé un nombre croissant d’armes possédant une technologie de pointe ces dernières années, dont des systèmes de sécurité électroniques automatiques pour surveiller la frontière. Mais les officiels disent qu’aucune machine ne peut complètement remplacer un soldat sur la ligne de front Midwestern.
« Cette zone est extrêmement vulnérable aux attaques ennemies. Nous avons besoin de ces hommes ici », dit le major Jung Kyung-nam du 6ème Corps d’infanterie, guidant les journalistes de l’agence de presse Yonhap vers son unité au cours de leur visite de deux jours.
Le front occidental de la Corée du Sud a été attaqué 18 fois par la Corée du Nord dans le passé. Une attaque surprise de l’armée nord-coréenne en 1950, avant l’aube, avait déclenché le conflit fratricide de la guerre de Corée (1950-1953).
Les troupes stationnées au poste de frontière le plus proche de la Corée du nord portent un intérêt particulier aux relations intercoréennes, un problème qui est souvent ignoré par les jeunes Sud-Coréens qui n’ont pas connu la guerre.
« Notre mission est indissociablement liée à la situation entre les deux Corées, et change en fonction des événements, c’est comme ça que je m’y suis plus intéressé après avoir été affecté ici », indique le sergent Lee Eui-chul, ajoutant qu’il n’avait détecté aucun « mouvement particulier » de la part des soldats nord-coréens récemment.
L’unité conduit des exercices tous les mois pour savoir comment répondre à une éventuelle attaque nord-coréenne, d’après le sergent Yu. « Ces derniers temps, les exercices sont basés sur l’hypothèse d’une escarmouche éclatant entre les postes de garde (des deux Corées), plutôt qu’une vraie infiltration », révèle-t-il.
Alors que les fleurs bourgeonnent partout dans le pays, ici les températures sont toujours à moins 10 sur les flancs des montagnes frontalières.
Mais même de telles températures sont « plutôt chaudes », d’après le sergent Lee Eui-chul, qui s’était couvert de six ou sept couches de vêtements cet hiver pour résister au froid glacial, avec le mercure tombant jusqu’à moins 20. "Maintenant, je me suis presque habitué à tout en ce qui concerne cet endroit, depuis la terre jusqu’au climat”, dit le jeune soldat, alors que des lumières oranges commencent à éclairer la nuit, révélant les fils de fer barbelés le long de la zone démilitarisée et les postes de garde nord-coréens.
Mais s’il y a bien une chose à laquelle ils ne peuvent s’habituer, c’est bien la solitude, disent tous les soldats.
« Le plus dur, c’est de savoir que je suis tout seul ici », dit le sergent Yu. « Je n’ai pas vu ma famille depuis un bon bout de temps déjà. Les week-ends et les vacances ne représentent pas grand-chose pour nous ».
« Je pense beaucoup à ma famille », dit le caporal Lee Jong-hwan. « C’était encore plus dur au début, parce qu’on se parlait à peine. Comme on dit, c’était si tendu qu’on aurait pu couper la tension avec un couteau ».
Les appelés affectés au front sont choisis après des entretiens poussés, explique le major Jung. « Ces hommes sont des soldats très soigneusement sélectionnés. Nous devons tout tester, depuis leurs aptitudes physiques à leur santé mentale pour éviter les accidents ».
De l’unité Mujeok Taepung, trois hommes ont quitté le PGA en cours de mission, incapables de supporter la solitude et l’entraînement intensif qui est leur lot quotidien. Mais aucun accident physique n’a été à déplorer, précise le chef de la 1ère section, le lieutenant Han Jung-hyup.
« Je suis heureux et je me félicite que les hommes aient presque terminé leur mission sans que personne ne soit blessé », déclare l’officier de 24 ans. « Je suis fier de mes soldats. Il ne fait aucun doute qu’ils font partie des meilleurs de Corée ».
Après une courte pause autour de 1h30 du matin, environ 10 soldats retournent à la base centrale pour prendre leurs en-cas nocturnes – des boules de riz et des nouilles instantanées.
“Oui, c’est dur, mais je suis fier d’avoir été affecté à un PGA », dit le caporal Lee Gwang-il, qui retournera à l’université à la fin de son service. Tous les hommes valides de Corée du Sud doivent faire un service militaire de deux ans.
« J’ai appris beaucoup de choses, comme la patience, et j’ai eu suffisamment de temps pour penser à ma vie quand je retournerai dans le civil ».
Le sergent Yang Dong-hwan, qui a 29 ans et est l’un des soldats les plus âgés de l’unité, dit qu’il est « devenu un vrai homme » dans l’armée. « Avant d’être dans l’armée, je ne savais pas quoi faire dans la vie. J’étais à la fois surpris et heureux d’être envoyé ici, et j’ai réalisé que j’avais la capacité et l’obligation de faire quelque chose d’utile ».
La nuit est brève pour ces soldats, alors qu’ils se rassemblent pour l’appel du matin, à peine trois heures après s'être couchés.
bruno@yna.co.kr (FIN)
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