2018/10/24 19:33 KST

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(Interview Yonhap) Le Haut Commissaire de l'Onu pour les réfugiés demande plus d'hospitalité envers les demandeurs d'asile

SEOUL, 24 oct. (Yonhap) -- Le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), Filippo Grandi, a encouragé aujourd'hui les Sud-Coréens à être «plus hospitaliers» envers les demandeurs d'asile afin de correspondre à l'augmentation constante des contributions financières de Séoul à la cause des réfugiés.

La manière dont le gouvernement a traité des centaines de Yéménites a marqué un pas «positif», du moins immédiatement et à court terme, même si le statut de réfugié ne leur a pas été accordé, a déclaré Grandi.

Après la conclusion de procédures de sélection longues de plusieurs mois la semaine dernière, le ministère de la Justice a accordé à 339 Yéménites séjournant sur l'île de Jeju des visas humanitaires renouvelables d'un an. Les autorités examinent actuellement les qualifications de 85 autres.

«Ils fuient la pire crise humanitaire du monde. Alors, pour moi, il y a une préoccupation immédiate à propos de leur protection», a fait savoir Grandi lors d'une interview au bureau du UNHCR à Séoul.

En ce sens, a-t-il ajouté, le résultat positif est qu'ils n'ont pas été renvoyés au Yémen, où ils seraient exposés à des risques.

Il a indiqué que son agence respectait la décision du gouvernement sud-coréen, car la détermination du statut juridique des Yéménites est une question qui relève du pouvoir discrétionnaire du gouvernement.

Grandi est bien conscient des appréhensions et opinions négatives de nombreux Coréens envers les Yéménites et des demandeurs similaires de citoyenneté dans une société traditionnellement homogène.

«Ce processus est donc graduel. Nous devons procéder progressivement», a-t-il souligné. «Si vous agissez trop rapidement, nous risquons de faire face à une réaction, ce qui est très dangereux, politiquement dangereux même. C'est pourquoi, je comprends que le gouvernement (sud-coréen) gère cette question avec prudence.»

La Corée du Sud crée déjà un précédent significatif en Asie en ce qui concerne le problème mondial des réfugiés, d'après lui.

Séoul a fait un don de 21,8 millions de dollars à l'UNHCR en 2017 seulement, tandis que les particuliers et les entreprises partenaires ont contribué à hauteur de 35,8 millions de dollars, selon les données officielles. Les dons devraient augmenter cette année.

Cela montre que la Corée du Sud est en train de devenir un partenaire particulièrement important de l'UNHCR dans la région, un sujet qu'il a abordé lors d'une réunion avec la ministre des Affaires étrangères, Kang Kyung-wha, hier.

«Je pense que cela devrait aller de pair avec une certaine hospitalité», a estimé Grandi.

Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, s'est entretenu avec la ministre sud-coréenne des Affaires étrangères, Kang Kyung-wha, à Séoul le 23 octobre 2018.
Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, s'est entretenu avec la ministre sud-coréenne des Affaires étrangères, Kang Kyung-wha, à Séoul le 23 octobre 2018.

Interrogé sur le fait que les Sud-Coréens étaient inquiets des crimes et des troubles résultant de l'afflux de réfugiés, il a répondu : «ne le soyez pas.»

«Les réfugiés ne sont pas une menace. Ce sont des personnes menacées. Ils ont besoin de notre aide. Ils ont besoin de notre protection. La Corée peut donner cela. Et ils ne doivent pas s'inquiéter de la criminalité, de la violence», a-t-il assuré.

Bien qu'il puisse y avoir quelques «mauvais réfugiés», aucune augmentation significative du taux de criminalité n'a été signalée dans les pays dotés d'une politique d'adaptation des réfugiés, en particulier les pays industrialisés, comme la Corée du Sud, a-t-il allégué.

Le responsable américain a également affirmé que si les Sud-Coréens traitaient les réfugiés avec plus d'hospitalité, cela pourrait aider à envoyer un message plus puissant concernant les transfuges nord-coréens à la communauté internationale.

Néanmoins, il n'a pas souhaité s'exprimer davantage sur le sujet sensible de la politique chinoise sur les Nord-Coréens.

«Nous n'avons pas accès aux réfugiés nord-coréens en Chine», a répondu Grandi.

En principe, a-t-il ajouté, le message de l'UNHCR, non seulement à la Chine, mais à tous les gouvernements, est le suivant : «Ne rapatriez pas de personnes en Corée du Nord où elles pourraient courir des risques en rentrant chez elles.»

Un groupe de militants sud-coréens organise un rassemblement contre les demandeurs d'asile, en tenant des pancartes indiquant «Deportez les faux réfugiés» à Séoul le 20 octobre 2018.
Un groupe de militants sud-coréens organise un rassemblement contre les demandeurs d'asile, en tenant des pancartes indiquant «Deportez les faux réfugiés» à Séoul le 20 octobre 2018.

La Corée du Sud a adhéré à la Convention relative au statut des réfugiés en décembre 1992 et a promulgué la loi sur les réfugiés en 2013, la première du genre en Asie.

Cependant, la longue controverse sur la façon gérer l'afflux de plus de 500 Yéménites, arrivés sur son territoire au cours des cinq premiers mois de cette année, a montré que les Sud-Coréens n'étaient pas encore tout à fait prêts à accueillir des réfugiés.

Samedi, deux rassemblements distincts ont eu lieu dans le centre-ville de Séoul, l'un soutenant la décision d'autoriser les Yéménites à rester ici et l'autre contre.

Plus de 40.000 étrangers ont demandé le statut de réfugié en Corée du Sud depuis 1994. Après l'examen d'environ 20.000 demandes, seules 839 personnes ont été reconnues comme réfugiées.

lp@yna.co.kr

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