2017/09/24 10:08 KST

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(Interview Yonhap) Vianney : «Il faut essayer de recréer la magie de la chanson française»

Le chanteur français Vianney lors de l'entretien accordé à Yonhap à l'hôtel Sheraton Seoul Palace Gangnam, le samedi 23 septembre 2017.
Vianney à Séoul

Le chanteur français Vianney lors de l'entretien accordé à Yonhap à l'hôtel Sheraton Seoul Palace Gangnam, le samedi 23 septembre 2017.

SEOUL, 24 sept. (Yonhap) -- Entre la balance audio et son concert au bord du fleuve Han à Séoul, le chanteur français en vogue Vianney au timbre de voix singulier et aux ballades romantiques a accordé samedi une interview à l’agence Yonhap. Le jeune auteur-compositeur-interprète de 26 ans s’est produit hier soir dans le cadre du Seoriful Festival aux Seoul Floating Islands (Some Sevit) du Banpo Han River Park.

Grand vendeur d’albums, Vianney est la nouvelle sensation de la chanson française. Aux Victoires de la musique 2016, il a remporté le trophée d’Artiste interprète de l’année. Son premier album, «Idées blanches», datant de 2014, est certifié «disque de platine» (plus de 100.000 exemplaires vendus). Son deuxième album éponyme, sorti en novembre 2016, est «triple disque de platine» (+300.000).

Le Seoriful Festival (16-24 septembre), organisé chaque année depuis 2015 par la mairie de l’arrondissement de Seocho et la Fondation culturelle de Seocho avec comme modèles le Carnaval de Nice et l’Edinburgh Festival Fringe, vise à promouvoir la culture et les arts à travers divers événements dont le «Festival de musique Corée-France au village Seorae» qui a eu lieu samedi à partir de 17h. Seorae est le nom du quartier français de la capitale sud-coréenne. Un grand défilé aura lieu aujourd’hui à partir de 16h pour clore le festival au Cafe Street de Bangbae-dong.

L’interprète de «Pas là», «Je m’en vais» et «Dumbo» était à l'affiche avec d'autres artistes coréens (Daybreak, Park Mi-kyung, Ja Tan Pung, Cheetah, Enoch et Alphabet). Le concert, organisé en collaboration avec l’ambassade de France à Séoul, faisait partie de sa tournée mondiale comprenant des dates en Asie ce mois-ci (du 20 au 30 septembre à Tokyo, Séoul, Taipei, Bangkok, Singapour et Hongkong).

Malgré sa jeunesse et sa célébrité, Vianney a montré le visage d’un homme modeste, simple, généreux et souriant, à l’image de sa désormais réputation. Après quelques réglages sonores, il s’est confié à son hôtel sur sa première visite à Séoul, sa musique, sa vision de ses compatriotes chanteurs, son regard sur le pays et aussi sur la Corée du Nord. Il souhaite que la chanson française retrouve toute sa «magie» et s’est dit étonné par le développement économique du pays du Matin-Calme.

Vianney effectue des réglages de son avant le concert du «Festival de musique Corée-France au village Seorae» au Banpo Han River Park à Séoul. le samedi 23 septembre 2017.
Balance audio

Vianney effectue des réglages de son avant le concert du «Festival de musique Corée-France au village Seorae» au Banpo Han River Park à Séoul. le samedi 23 septembre 2017.

- Dans quel état d’esprit êtes-vous pour ce concert à Séoul ?

▲ C’est la première fois de ma vie que je viens ici. Je suis dans la découverte totale, donc je n’ai rien voulu imaginer, je me laisse vraiment porter par ce qui se passe. Je constate déjà qu’il y a beaucoup de différences avec ce que je connais habituellement. Je suppose donc que ça va être un concert très spécial pour moi.

- Pouvez-vous nous expliquer comment a été organisé le concert ?

▲ En fait, on a voulu organiser une tournée asiatique et c’est à un de nos amis de l’équipe à qui on a confié cette mission de l’organiser, Hervé (un producteur de spectacles basé à Hongkong). Il nous a organisé ce petit périple en Asie. Il fait venir des Français et il leur trouve des concerts. C’est lui qui a réussi à nous faire venir ici.

- Vous avez un style musical très personnel. Votre voix et vos sons sont très reconnaissables. Pourriez-vous nous parler de vos sources d’inspiration, de vos influences ?

▲ Mes sources d’inspiration sont la vie quotidienne, les histoires que je peux vivre, celles que j’observe. Je suis très influencé par des artistes qui m’ont beaucoup marqué. Il y a une grande partie de la chanson française qui m’a marqué. Je pense à Barbara, Maxime Le Forestier, Vincent Delerm, Jacques Brel, etc. Ils m’ont beaucoup influencé sur les textes. En revanche, sur la mélodie, ce sont plutôt les Anglo-Saxons qui m’ont touché, comme Neil Young, Ben Howard, Joni Mitchell, Rickie Lee Jones, les grands guitaristes...

- La chanson française a une place en Corée, mais sa présence tend à se faire plus discrète, notamment auprès des jeunes. Souvent, ça se limite à Georges Moustaki, Edith Piaf, Adamo et Yves Montand. Selon vous, comment la chanson française actuelle peut-elle être mieux promue en dehors de l’Hexagone afin de lui donner un nouveau souffle ?

▲ Les chanteurs que vous évoquez maniaient le français avec amour, passion, précision et exigence. Peut-être qu’on manque d’exigence pour l’instant et peut-être qu’on y reviendra. Mais il ne faut pas forcément chercher à contrôler ces choses-là. Il y a une magie dans le fait qu’un pays puisse apprécier des chansons dont il ne comprend pas du tout les paroles. Je trouve ça magique. Cette magie, il faut essayer de la recréer.

- Au début de la chanson «On est bien comme ça», il y a des sons orientaux. D’où vient ce rapprochement avec l’Asie ?

▲ En fait, ça vient (d’un murmure) de ma voix. On l’a doublé et ça a fait oriental. Ce rapprochement avec l’Asie est un peu «accidentel». Quand je fais quelque chose, je n’intellectualise jamais vraiment mes décisions d’arrangement. Ce sont des envies que j’aies. Je ne réfléchis pas beaucoup à la motivation de ces dernières. Mes attaches avec l’Asie sont en fait nouvelles.

- Vous êtes actuellement en tournée dans le monde avec notamment une série de concerts en Asie. Depuis cette semaine, vous êtes en Extrême-Orient. Quel est votre rapport avec l’Asie humainement ?

▲ Pour l’instant, je ne connais que le Japon, où je suis allé deux fois en trois mois. C’était la première fois que j’allais en Asie (en juin dernier). Je suis tout neuf ici. Pourtant, l’Asie, c’est une zone du monde qui m’a énormément toujours attiré. Je n’avais par les moyens d’y aller quand j’étais étudiant. C’était très loin et je n’avais pas le temps non plus. J’ai beaucoup fantasmé l’Asie. Bankgok, c’est vraiment un fantasme que j’ai, Tokyo l’a été. J’aurais adoré barouder au Vietnam.

- Vous avez joué à Tokyo en juin dernier et cette semaine. Quel accueil avez-vous reçu au Japon ? Comment avez-vous trouvé le public nippon ?

▲ C’était extraordinaire parce que les Japonais sont des gens très marquants. Ils sont empreints de beaucoup de dignité et de pudeur, notamment la journée. Et le soir, ils s’ouvrent comme des fleurs. Ils m’ont beaucoup donné. J’ai adoré ce (deuxième) concert.

- Vous semblez avoir une grande admiration pour le Japon...

▲ Mon admiration s’est accru depuis que j’y suis allé. C’est un peuple qui me touche beaucoup par son attitude. Il y a une dimension du respect, de la politesse et de la gentillesse qui est immense. Cela me touche beaucoup. Avant ça, quand j’étais en école de mode (il a fait des études de fashion design), il y avait des créateurs comme Issey Miyake et (Yohji) Yamamoto que j’adorais. Il y avait une mode japonaise qui me parlait beaucoup.

L’interprète de «Pas là», «Je m’en vais» et «Dumbo» pose avec sa guitare à son hôtel dans le quartier de Banpo à Séoul, le samedi 23 septembre 2017.
Vianney et sa guitare

L’interprète de «Pas là», «Je m’en vais» et «Dumbo» pose avec sa guitare à son hôtel dans le quartier de Banpo à Séoul, le samedi 23 septembre 2017.

- Vous êtes un grand voyageur. Que recherchez-vous plus particulièrement lors de vos voyages ?

▲ A rencontrer des choses que je ne connais pas. Je suis toujours à la recherche de ce que je connais pas. Il n’y a rien de plus inspirant que la nouveauté. Et à mes yeux, tout est neuf à l’étranger, en Asie du moins, mon ressenti... Donc, je recherche la nourriture intérieure.

- Votre voyage le plus marquant ?

▲ C’est quand je suis allé à vélo à Stockholm depuis la Bretagne. Cela m’a pris deux mois. C’était tellement dur, il faisait tellement froid. D’arriver en Suède en ayant tellement souffert est une fierté qui restera pour la vie.

- Connaissez-vous la K-pop, la musique pop coréenne ?

▲ Tout le monde connaît la K-pop mais, moi, je la connais très mal car je n’ai pas la culture nécessaire (pour vraiment l’apprécier). Il y a des choses très intéressantes. Les productions sont très abouties, très poussées. J’adore Vincent Delerm mais je suis fan de Justin Bieber aussi, donc j’aime bien quand c’est très produit aussi. Ah, je connais Psy ! Il doit être une icône (en Corée). Il a fait un tube mondial (Gangnam Style) avec le nom d’un quartier, c’est fou !

- Avez-vous eu l’occasion de côtoyer des Coréens dans la vie ?

▲ Oui, je connais une Coréenne que j’embrasse très fort et qui est mariée à un Français. Elle est restée à Paris. Je l’ai rencontrée en école de mode. Elle s’appelle «Sabrina». Elle est très très gentille et très intelligente. Et puis maintenant que je suis beaucoup plus sensibilisé, j’irai dans des restaurants coréens (en France).

- Que connaissez-vous de la Corée ? Quelle image en avez-vous ?

▲ Ce que je trouve incroyable, c’est le nombre d’entreprises qui ont émergé ici. C’est un pays qui a tellement réussi mondialement, qui a des entreprises si énormes. J’ai plein de produits coréens chez moi. La première chose à laquelle je pense, c’est cette dimension-là. Ce qui me vient aussi à l’esprit, ce sont les marques.

- Et la Corée du Nord, vous suivez ?

▲ Bien sûr. C’est incroyable et tellement triste. C’est affolant ! J’ai vu des vidéos. L’attitude des gens est tellement aliénée. Et lui (Kim Jong-un), il est violent. Sa violence est une grande tristesse. A propos de ses échanges avec (Donald) Trump, le temps où l’intellect était vainqueur est bien loin. On assiste à des échanges qui sont au plus bas niveau intellectuel qu’on n’ait jamais connu. Un président qui donne publiquement un petit nom à un autre, ce n’est pas sérieux. Il faut respecter les gens. On peut être en désaccord, mais il faut respecter la personne et le peuple, ça manque de respect de part et d’autre.

- Vous restez en Corée moins de 48 heures. Reviendrez-vous ?

▲ J’aimerais tellement revenir en Corée pour les JO (Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang en février 2018) car je suis fan de la France. Je me sens bien à Séoul, donc ça serait pour moi l’occasion de mieux connaître la Corée.

Propos recueillis par Xavier Baldeyrou

(FIN)