2017/06/17 06:00 KST

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(Interview Yonhap) La dernière BD de Mademoiselle Caroline traduite en coréen

La dessinatrice de «La Différence invisible» (2016), Mademoiselle Caroline, à l'Institut français de Séoul, le 15 juin 2017, lors d'une interview accordée à Yonhap.
Mademoiselle Caroline

La dessinatrice de «La Différence invisible» (2016), Mademoiselle Caroline, à l'Institut français de Séoul, le 15 juin 2017, lors d'une interview accordée à Yonhap.

SEOUL, 17 juin (Yonhap) -- A l’ occasion du Salon international du livre de Séoul (SBIF) 2017 qui se tient du 14 au 18 juin, la dessinatrice française de «La Différence invisible» (2016), Mademoiselle Caroline (MC), a été invitée pour plusieurs rencontres avec des lecteurs sud-coréens.

Au lendemain de son arrivée à Séoul, pour sa première visite en Corée du Sud, MC a accordé une interview à l’agence Yonhap, ce jeudi, et elle a affiché sa satisfaction sur la sortie de sa dernière BD en disant que «je la trouve belle, surtout les idéogrammes coréens sont magnifiques et les vernis sélectifs sur la couverture sont très jolis».

Quant à cette première publication de sa BD en coréen et à cette visite au pays du Matin-Calme, elle a confié à Yonhap que «je suis arrivée hier. De ce que je vois, je vois ça plutôt, quelque chose de très intriguant, parce que vous avez des énormes buildings et en même temps des tout petits marchés. Vous avez des gens très disciplinés, je trouve, par rapport à la France».

A propos des manhwa, les BD coréennes en noir et blanc, elle a répondu que «je ne trouve pas que c’est monotone, c’est différent simplement. Cela peut être très joli avec le beau noir et peut-être très graphique».

Sur le webtoon qui est très à la mode en ce moment en Corée, elle a exprimé une position dubitative en détaillant : «C’est tout petit et, les couleurs, on les maîtrise pas parce que ça dépend de l’écran et puis cela voudrait dire qu’on serait tous sur un écran. Je refuse que tout le monde soit sur un écran. J’aime l’objet, le livre.»

La traduction en coréen de «La Différence invisible» sortira dans les librairies le 20 juin prochain via la maison d’édition Esoope, avec 200 pages. MC effectuera des rencontres avec des destinateurs et lecteurs coréens puis aura une séance de dédicaces ce samedi à la librairie Kyobo du quartier de Hapjeong, dans l’ouest de Séoul.

Elle finalisera sa visite en Corée en participant à un débat sur la bande dessinée intitulé «Traiter des sujets lourds et sérieux plus efficacement dans les BD» au SBIF au COEX, situé dans le quartier sud de Séoul, de 10h à 11h ce dimanche, dans le Hall B1. Elle signera ensuite des dédicaces au stand de la France.

La dessinatrice de «La Différence invisible» (2016), Mademoiselle Caroline, à l'Institut français de Séoul, le 15 juin 2017, lors d'une interview accordée à Yonhap.
Mademoiselle Caroline

La dessinatrice de «La Différence invisible» (2016), Mademoiselle Caroline, à l'Institut français de Séoul, le 15 juin 2017, lors d'une interview accordée à Yonhap.

Ci-dessous, l’intégralité de l'entretien avec Mademoiselle Caroline

-- C’était comment la découverte des Coréens et de la Corée ?

▲ J’étais très surprise parce que beaucoup de gens rigolaient tout le temps mais vraiment, ils faisaient des blagues et rigolaient dans la rue aussi. Je vous voyais plus comme des Japonais, des Japonais un peu stressés, un peu énervés et renfermés. Mais ce n’est pas le cas.

Pareil, je trouve que vous êtes habillés super bien. Je regarde plus les femmes et les femmes, elles sont bien habillées, elles ont de jolies chemisiers, ça se rapproche vraiment de ce que j’aime. Donc, je me suis dit qu’il faut que je fasse du shopping.

Sinon, pas assez d’espaces verts et de verdure et beaucoup d’endroits avec climatisation totale. Je déteste la climatisation mais quand il fait chaud, je suis contente d’être dans un endroit climatisé. J’aime l’air sur le visage. C’est agréable, mais si c’est pollué, on ne peut pas.

-- Les histoires de vos BD se passent la plupart des cas dans un environnement urbain ?

▲ Ca dépend, la dernière bande dessinée se passe dans la ville mais il y a une bande dessinée où je raconte comment j’ai quitté Paris. Forcément on va à la montagne. Il y a aussi une BD sur le voyage. J’ai parcouru une vingtaine de pays. Mais la Corée, je suis arrivée hier. De ce que je vois, je vois ça plutôt, quelque chose de très intriguant, parce que vous avez des énormes buildings et en même temps des tout petits marchés.

Vous avez des gens très disciplinés, je trouve, par rapport à la France. Vous attendez en ligne derrière les bus, derrière les trains à l’aéroport. Quand je suis arrivée à l’aéroport, j’ai vu les gens rangés devant chaque porte, ne pas dépasser, ne pas pousser. Alors que nous, c’est en troupeau et tout le monde se pousse. Poli, réservé, vous donnez la carte de visite à deux mains en vous inclinant. Après le pays, je n’ai rien vu.

-- La traduction de votre BD en coréen et les BD coréennes, manhwa, comment les trouvez-vous ?

▲ Je trouve la traduction super belle. Surtout les idéogrammes coréens sont magnifiques et les vernis sélectifs sur la couverture sont très jolis. Les BD coréennes, j’en ai acheté trois et j’en ai lu une mais j’ai pas encore eu le temps de tout lire. Je ne trouve pas que c’est monotone, c’est différent simplement. Cela peut être très joli avec le beau noir et cela peut être très graphique.

-- Que pensez-vous des webtoon, les BD en ligne ? Quel est votre avis si tout se passe en ligne dans le futur ?

▲ Je trouve ça pas tellement beau déjà. C’est tout petit, les couleurs, on les maîtrise pas parce que ça dépend de l’écran et puis cela voudrait dire qu’on serait tous sur un écran. Je refuse que tout le monde soit sur un écran. J’aime l’objet, le livre.

Le webtoon ne peut pas rivaliser avec le papier. Ce sera forcément sur un petit écran donc forcément, on doit enlever les petits détails, il faut enlever des textes et il faut enlever les couleurs. Pas la peine de travailler, pareil donc ce sera forcément autre chose. Peut-être les gens aiment lire sur l’écran mais ils auront mal au cou et ils seront myopes très rapidement. Mais ça peut pas rivaliser, ce n’est pas pareil.

Couverture de la traduction en coréen de «La Différence invisible» ⓒ Esoope
Traduction de «La Différence invisible»

Couverture de la traduction en coréen de «La Différence invisible» ⓒ Esoope

-- Pouvez-vous m’expliquer l’univers de votre dernière BD ?

▲ Ce n’est pas mon histoire. Souvent, je fais une histoire autobiographique mais c’est une histoire écrite par Julie Dachez sur une fille qui est autiste d’Asperger qui ne le sait pas mais qui va le découvrir en recherchant pourquoi elle se sent différente.

C’est sa vie, ça raconte aussi le type d’Asperger. C’est une espèce d’autisme et plus généralement, c’est un prétexte pour parler de la différence. Quand on est différent, comment on vit dans une société, quand on ne ressemble pas aux gens dit normaux, comment on s’adapte.

-- Mais ce sujet est généralement bien lourd pour une bande dessinée, non ?

▲ Parfois, les bandes dessinées sont censées être légères et drôles. Je ne suis pas si sérieuse dans mes bandes dessinées mais je peux dire que c’est sérieux effectivement mais pas ennuyeux. C’est comme une histoire, comme un roman avec un petit peu de suspens, puisqu’on ne sait pas ce qu’est la fille. Et elle ne sait pas non plus.

-- Ecrivez-vous vous-même le scénario ?

▲ Oui, mais la dernière BD, c’est un scénario de Julie Dachez et je l’ai adapté. J’aime bien tout faire, c’est plus simple. Mais des fois, je fais de la bande dessinée avec quelqu’un d’autre, ça c’est très passé. J’ai toujours dessiné, je n’ai pas arrêté, depuis l’enfance comme les autres enfants puis j’ai fait mes études (artistiques).

C’est beaucoup d’angoisses aussi. Pourquoi ? Parce que nous, on dépend du public. On dépend du goût du public. Même si on fait bien le travail, il peut ne pas plaire (au public) et c’est dur. S’ils n’aiment pas tellement, c’est dur. Mais si vous êtes dentiste et que vous soignez bien les dents cariées, vous soignez bien les dents cariées. Mais nous, c’est de l’art, c’est la question du goût, c’est subjectif. On ne peut pas les juger. C’est Claire Bretécher.

-- Des mots à dire aux lecteurs coréens ?

▲ Je suis très honorée de sortir en Corée. J’espère que ça les intéressera et j’espère que, s’ils sont concernés par les sujets, ça les aidera. Qu’ils aiment aussi mon style de dessin que j’ai cru comprendre différent de ce qui se fait en général en Corée, avec beaucoup de texte et de la couleur.

Les quelques premières pages de la BD «La Différence invisible» traduite en coréen. ⓒ Esoope
«La Différence invisible»

Les quelques premières pages de la BD «La Différence invisible» traduite en coréen. ⓒ Esoope

Propos recueillis par Oh Jeong-hun

(FIN)