2017/04/14 09:12 KST

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(Interview Yonhap) «Il est peu probable que les Etats-Unis mènent des frappes préemptives contre le Nord»

SEOUL, 14 avr. (Yonhap) -- Les chances sont très faibles de voir les Etats-Unis effectuer des frappes préemptives sur la Corée du Nord mais une simple erreur de la part de Pyongyang pourrait accroître les incertitudes dans la région de la péninsule coréenne et même déclencher un cycle incontrôlable, a prédit Godron Flake, un expert australien de l’Asie de l’Est.

Dans un entretien accordé à l’agence Yonhap, le président du Perth USAsia Center, basé en Australie, s’est exprimé sur ses prévisions quant à la réaction de Washington face aux provocations du Nord. Il a aussi relevé que l’administration Donald Trump manque cruellement d’experts de l’Asie de l’Est. Selon lui, le gouvernement américain pourrait même prendre une action militaire contre le Nord sans même consulter Séoul préalablement.

«Maintenant, il semble que les chances qu’une guerre éclate sont plus fortes qu’avant, par mauvais calcul ou erreur, même si je ne pense pas à une guerre imminente», a poursuivi Flake. Il a passé la plus grande partie de sa carrière dans la capitale américaine à étudier les questions concernant l’Asie de l’Est. Il a été directeur exécutif de la fondation Maureen et Mike Mansfield.

Gordon Flake, président du Perth USAsia Center

Flake est actuellement à Séoul dans ce contexte de tension accrue dans la région en raison de spéculations de plus en plus insistantes sur un sixième test nucléaire nord-coréen et un lancement de missile balistique intercontinental. Les Etats-Unis ont envoyé un groupe aéronaval du porte-avions à propulsion nucléaire USS Carl Vinson vers la péninsule coréenne, laissant penser que Washington pourrait réagir face au régime récalcitrant.

«Après avoir vécu pendant environ 25 ans à Washington et trois ans en Australie, j’ai toujours pensé que les Etats-Unis veulent éviter la guerre comme ils ont une vision d’ensemble. [...] Les Etats-Unis ont en fait joué un rôle pour empêcher les choses de dégénérer», a-t-il ajouté.

«Dans les circonstances actuelles, cependant, je ne peux pas être sûr. J’étais récemment à Washington, mais je n’ai trouvé que peu d’experts de l’Asie et de la péninsule coréenne. [...] Il est peu probable que les Etats-Unis mènent des frappes préemptives. Mais ce qui est préoccupant, c’est la réaction que pourrait avoir Trump si une personne comme Kim Jong-un le provoque, même par inadvertance.»

Flake a aussi fait part de ses inquiétudes sur le fait que l’administration Trump pourrait ne pas consulter le Sud avant de décider d’une action contre le Nord, en soulignant le côté imprévisible de sa politique à l’égard de l’Asie de l’Est.

«Jusqu’à il y a cinq ans, et même l’année dernière, je vous aurais dit ne pas vous inquiéter. J’aurais été sûr de stratégies conjointes entre les Etats-Unis et leurs alliés avant toute action. J’espère simplement que cela continuera, mais je ne suis pas sûr à 100%», a confié l’expert.

Pour garder les choses sous contrôle, le gouvernement sud-coréen doit accroître ses contacts avec l’administration américaine, mais le vide causé par la destitution de Park Geun-hye de la présidence de la République rend la situation encore plus difficile, a-t-il constaté.

En comparant le Nord à un patient souffrant d’une maladie grave, il a exprimé son pessimisme quant à une issue rapide en raison d’un manque de bons outils pour «mener l’opération chirurgicale». «Sans bons outils à notre disposition, nous devons continuer à travailler sur le front diplomatique, en coopérant avec la communauté internationale et en faisant plus pression sur le Nord.»

Flake a par ailleurs souligné l’importance du rôle de la Chine pour traiter la question nord-coréenne mais a émis quelques suspicions. Pour lui, sa récente demande pour un arrêt des exercices militaires sud-coréano-américaines en échange d’un gel du programme nucléaire nord-coréen est «logique en apparence» mais aussi «ridicule».

«Les programmes balistiques et nucléaires du Nord sont interdits par les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU mais le Nord les viole en permanence. [...] Si nous acceptons (l’offre de la Chine), cela signifie que le Nord conservera ses armes nucléaires et nous devrons le reconnaître comme un Etat détenant l’arme nucléaire.»

«La condition de base pointée par la Corée du Sud, les Etats-Unis et le Japon porte sur le fait que le Nord a approuvé la déclaration commune du 19-Septembre, publiée en 2005, à travers les pourparlers à six, sur l’élimination de toutes ses armes nucléaires et de tous les programmes liés», a-t-il rappelé.

«Ignorer cela, dire que les pourparlers à six sont morts ou demander d’autres types de discussions et négociations sur le gel (des programmes), c’est comme offrir une victoire au Nord.»

xb@yna.co.kr

(FIN)