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2016/12/14 15:04 KST

(Interview Yonhap) Renaud Lefort, journaliste à France 24, à la rencontre du «soft power» culturel de la Corée

L'équipe de l'émission de «A l’Affiche !» lors du tournage à Séoul en octobre 2016 (Photo fournie par Lefort)
L'équipe de l'émission de «A l’Affiche !» lors du tournage à Séoul en octobre 2016 (Photo fournie par Lefort)

SEOUL, 14 déc. (Yonhap) -- La vague de la culture pop coréenne, appelée aussi «hallyu», a été mise à l’honneur dans une émission de «A l’Affiche !» de la chaîne d'information internationale France 24 qui lui a réservé un numéro spécial intitulé «Corée du Sud : la déferlante culturelle» dont les deux parties ont été diffusés ce lundi et mardi.

A cette occasion, le journaliste-réalisateur et spécialiste de l'Asie de l'Est Renaud Lefort a accordé à l'agence de presse Yonhap une interview écrite pour raconter le tournage qu'il a réalisé pendant cinq jours, du 19 au 24 octobre, à Séoul et ses rencontres faites sur place avec différents acteurs de ce déferlement culturel dont «tout le monde parle».

Ci-dessous, le texte intégral de l’interview avec Renaud Lefort :

- Pourriez-vous présenter votre émission ?

▲ L’émission «A L’Affiche !» (version francophone) et «Encore» (version anglophone) est une émission de télévision quotidienne et généraliste sur le monde de l’art et des artistes. Tous les jours, nous recevons sur notre plateau des artistes de tous les horizons.

Deux à trois fois par an, nous nous déplaçons hors de France pour enregistrer des émissions «spéciales». Souvent les pays sont choisis en fonction de l’actualité. Nous sommes allés à Berlin pour les 25 ans de la chute du Mur, en Iran pour l’ouverture du pays et en Corée du Sud, car tout le monde parle de ce pays en ce moment et de son «soft power» culturel. L’émission est diffusée dans 315 millions de foyers dans le monde. Cette émission existe depuis le lancement de la chaîne en 2006.

- Pourquoi ce choix de la Corée ?

▲ La Corée car depuis maintenant quelques années, son «soft power» culturel impressionne toute le monde. Nous avons voulu comprendre d’où venait cette vague culturelle et mieux comprendre le concept de «hallyu», pourquoi cette culture s’exporte aussi bien et quelles en sont les limites. Depuis 20 ans, le cinéma coréen est l’un des plus prisés. Chaque année, nous couvrons le Festival de Cannes et presque chaque année, on retrouve un cinéaste sud-coréen. On avait envie de rencontrer les grands maîtres comme Kim Ki-duk et Park Chan-wook mais aussi, nous n’avons pas eu assez de temps pour voir à quoi ressemble la nouvelle génération de cinéastes.

- Comment s’est déroulé le tournage en Corée ?

▲ Notre tournage en Corée n’a pas présenté de difficultés particulières. Déjà, j’ai été très étonné mais il n’y a pas eu besoin de visas et c’est souvent une partie compliquée à gérer en amont du tournage.

Ensuite, tous nos artistes ont été extrêmement patients avec nous. Il n’y a eu aucune annulation de dernière minute. La demande de tournage la plus difficile a été de participer au tournage du K-drama «Man to Man» mais c’est complètement normal car en général les réalisateurs n’ont pas envie d’avoir une autre caméra qui traîne sur le tournage. Or, à ma grande surprise, nous avons eu le droit de venir filmer le tournage.

Le réalisateur Kim Ki-duk a été formidable. Un grand réalisateur qui nous accorde trois heures de tournage et en plus qui nous donne de bonnes idées de plans.

Adrien Lee, présentateur télé aussi, nous a servi de guide lors de notre visite de la DEF Company (école de K-pop). Le fait qu’il soit bilingue et connaisse bien la télé a été un atout car il traduisait instantanément les réponses des élèves et des professeurs. Les rockeurs du groupe Jambinai et son producer ont organisé une séance de répétition juste pour nous. Les images sont incroyables.

Les artistes sud-coréens sont très professionnels. Enfin, nous étions prévenus mais Séoul c’est très grand. Et donc on passé du temps dans la voiture. Mais grâce à notre caméraman, on a pu faire de belles images de la ville depuis la voiture avec la steady cam et un van avec toit ouvrant.

- Quelles sont d’après vous les particularités ou la force de la K-pop ?

▲ Le phénomène des boys et girls bands est déjà connu en France. Ils ont eu leur heure de gloire dans les années 1990. Depuis, le phénomène s’est largement épuisé. Ce n’est donc pas tant ce côté groupe de filles ou de garçons qui pourrait séduire les Français mais l’«exotisme» de la K-pop. Que ce soit la langue coréenne, les visages ou les looks, nous sommes très peu habitués à cet univers en France. Au-delà de son côté aseptisé, la K-pop pourrait fonctionner car elle plonge le public dans une autre culture, à l’instar des mangas japonais par exemple qui ont beaucoup de succès dans l’Hexagone.

- La France est un grand pays du cinéma, le berceau du cinéma. C’est peut-être la raison pour laquelle la culture coréenne a fait parler d’elle en France, d’abord à travers le cinéma coréen. Mais les films coréens renvoient souvent à des contextes historiques et sociaux bien particuliers. Par exemple, la dynastie Joseon, l’époque coloniale, la guerre de Corée, la démocratisation du pays. N’est-il pas difficile pour le public français d’apprécier les films coréens à cause de ces contextes si particuliers ?

▲ C’est vrai que beaucoup de films sud-coréens renvoient à des contextes historiques très précis. Malheureusement, à mon avis, ces films ne sont pas les plus diffusés en France en ce moment.

En revanche, les films qui cartonnent en France depuis quelques années sont les films sur la vengeance, initiés par Park Chan-wook (Old Boy, Mademoiselle), et les thrillers policiers, un genre vraiment à part. Les Coréens n’ont rien à envier aux Américains et aux Européens. On sent que les réalisateurs se sont inspirés des thrillers américains et européens. Mais ils ajoutent une touche sud-coréenne comme par exemple des réflexions sur les traditions et les superstitions (chamanisme) comme dans «The Strangers» de Na Hong-jin, sorti en 2016, que j’ai beaucoup aimé.

Propos recueillis par Lee Saerom

(FIN)