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2016/11/03 18:33 KST

(Interview Yonhap) Jacques Biot, président de l’X à Séoul, sur l’industrie 4.0

Le président de l'Ecole Polytechnique Jacques Biot pose devant la caméra avant l'interview accordée à l'agence Yonhap, le 2 novembre 2016.
Jacques Biot

Le président de l'Ecole Polytechnique Jacques Biot pose devant la caméra avant l'interview accordée à l'agence Yonhap, le 2 novembre 2016.

SEOUL, 03 nov. (Yonhap) -- Le président de l’Ecole Polytechnique, Jacques Biot, est arrivé ce mercredi en Corée du Sud pour participer au Forum Ressources Humaines 2016 organisé par un quotidien coréen et a accordé une interview à l'agence Yonhap.

Il s’agit de la 2e visite cette année du président de l’X en Corée du Sud, la première remontant à avril. Soucieux d’internationaliser son école et de renforcer ses capacités, Biot a noté que 40% des chercheurs et des enseignants de l’X sont internationaux.

Concernant les perspectives de la 4e révolution industrielle, Biot a indiqué que «l'on met une emphase particulière sur les mathématiques, le computer science (informatique) et la physique, ce sont des matières très importantes pour trouver les solutions technologiques nécessaires à l’industrie 4.0».

Il a remarqué à propos des quatre défis à relever pour son école, d'ordre économique, climatique, sanitaire et sécuritaire sur le cyberespace, que «maintenant quand on voit les évolutions de la société on voit qu’effectivement les disciplines qui vont recevoir une attention particulière de notre part sont celles qui répondent à des grands défis de l’humanité.»

Soulignant l’importance de la coopération entre l’Ecole Polytechnique et l’industrie, Biot a expliqué qu’il y a diverses collaborations dans les domaines de l’énergie (Total, EDF), de l’économie et de l’analyse des données (Axa), de l’industrie automobile (Renault et Peugeot) et de l’équipement de réseau (Cisco). L’Ecole Polytechnique auto finance 30% de son budget avec les profits dégagés des coopérations avec l’industrie, provenant des royalties, des transferts de technologies, etc.

Reconnu comme étant le 3e établissement supérieur au monde dans le classement des universités de petite taille, l’Ecole Polytechnique est en relation avec trois universités coréennes prestigieuses, à savoir l’Institut des sciences, des technologies et des technologies avancées de Corée (KAIST), l’université nationale de Séoul et l’université Kyunghee.

Jacques Biot lors d'une interview avec l'agence Yonhap à Séoul à l'occasion de sa participation au Forum des Ressources Humaines 2016 organisée par Hankook Economic Daily, le 2 novembre 2016.
Président de l'Ecole Polytechnique

Jacques Biot lors d'une interview avec l'agence Yonhap à Séoul à l'occasion de sa participation au Forum des Ressources Humaines 2016 organisée par Hankook Economic Daily, le 2 novembre 2016.

Ci-dessous le texte intégral de l’interview avec le président de l’Ecole Polytechnique, Jacques Biot :

-- On parle beaucoup aujourd’hui de la 4e révolution industrielle, l’Ecole Polytechnique s’oriente-t-elle aussi dans ce sens ? Des nouveaux départements ou laboratoires sont-ils créés ?

▲ C’est un grand plaisir pour moi d’être en Corée pour la 2e fois cette année. Déjà la première fois c’était pour parler de l’industrie 4.0. En fait, l’industrie 4.0, c’est une opportunité fantastique pour l’Ecole Polytechnique. Je ne sais pas si l’Ecole Polytechnique est faite pour industrie 4.0, aussi l’industrie 4.0 a été inventée pour donner les opportunités à l’Ecole Polytechnique.

Mais, il y a une correspondance parfaite entre les deux. Pourquoi ? Parce que, d’abord l’industrie 4.0 nécessite une approche très pluridisciplinaire, à la fois scientifique mais aussi sociologique, voire philosophique et économique. L’Ecole Polytechnique est très bien placée pour avoir une approche pluridisciplinaire.

La deuxième raison, c’est que à l’Ecole Polytechnique, on met une emphase particulière sur les mathématiques, le computer science (informatique) et la physique, ce sont des matières très importantes pour trouver les solutions technologiques nécessaires à l’industrie 4.0.

Donc, on est extrêmement bien placé à la fois pour enseigner toutes les matières qui sont nécessaires et qui sont nombreuses pour que les étudiants soient prêts pour l’industrie 4.0 et en même temps, on est très bien placé pour l’appliquer à nous-mêmes, en révolutionnant la façon dont on dispense l’éducation. C’était le thème de ma présentation d’aujourd’hui. On est l’un des pionniers de la digitalisation de l’éducation.

-- De nouveaux départements ou laboratoires sont-ils créés pour la 4e révolution industrielle ?

▲ On n’a pas créé de nouveaux départements parce qu’on a déjà 11 départements à l’Ecole Polytechnique, qui couvrent bien toute la palette de disciplines. Par contre on encourage encore plus le travail de coordination entre les départements pour apporter de bonnes réponses à la digitalisation.

Et on a fait des efforts très importants et particuliers. On a augmenté 50% des effectifs dans le département des Mathématiques appliquées. On a également augmenté très significativement les effectifs dans le département de la Computer science.

-- L’Ecole Polytechnique est réputée pour sa capacité de recherche dans les sciences dures et cela se maintient-il à l’ère des nouvelles technologies comme l'intelligence artificielle ?

▲ D’abord, il faut bien comprendre que, dans les sciences dures, en particulier en physique, l’Ecole Polytechnique était historiquement très forte. On a une approche de la physique très mathématique. En fait, nos physiciens faisaient toujours du big data sans le savoir. On est sur des recherches qui mettent en œuvre des moyens à la fois informatiques et mathématiques qui sont absolument considérables.

Nos chercheurs en sciences dures ont une approche mathématique, tournée sur l'analyse des données. D’ailleurs, nous avons une très grande expérience en économie. Il ne faut pas oublier que sur les trois prix Nobel de l’Ecole Polytechnique, il y en a un qui est en physique et il y en a deux qui sont en économie, récemment Jean Tirole (2014).

On a des spécialistes qui travaillent avec la Corée dans le domaine de la couche mince. Ce sont des gens qui sont dans les sciences dures mais appliquées à l’industrie 4.0. Donc en conclusion, l’Ecole Polytechnique historiquement est très forte en math et en physique ayant des applications propices à l’industrie 4.0 et donc elle est très bien placée pour résoudre ces questions là.

-- L’Ecole Polytechnique auto finance 30% de son budget par le profit tiré des coopérations avec l’industrie. Pouvez-vous préciser les disciplines de recherche les plus fortes dans le cadre de la coopération industrie-académie ?

▲ Historiquement nos coopérations avec l’industrie étaient beaucoup dans le domaine de l’énergie, avec des coopérations très fortes avec le groupe Total, le groupe EDF. On a des coopérations très fortes dans le domaine des sciences des matériaux avec Saint-Gobain.

Mais aujourd’hui on voit l’explosion de la collaboration dans le domaine de l’économie, du data analytics et de la finance. Pour ce qui est du data analytics, on collabore avec des compagnies d’assurance comme Axa, avec l’Assurance Maladie française, avec la société du conseil, avec des banques. On a aussi des collaborations avec Thales dans la défense, notamment dans le domaine du laser, et l’électronique appliquée.

On peut mentionner une coopération encore plus importante avec Cisco, la grande société américaine qui travaille sur l’équipement de réseau. Nous coopérons également avec l’industrie automobile, à la fois avec Renault et avec Peugeot.

-- Comment fonctionne la structure pour gérer ces coopérations avec l’industrie et sa surveillance est assurée comment ?

▲ On a de bonnes équipes de gestion mais surtout ça nécessite un bon état d’esprit de la part de la faculté, de la part des enseignants et des chercheurs. La chance que j’ai, c’est de trouver à l’école 40% de chercheurs internationaux.

Les chercheurs et enseignants internationaux sont très largement ouverts à l’industrie. C’est avant tout autour d’eux que s’organise la coopération avec l’industrie. Moi, j’ai beaucoup de plaisir en tant que président à travailler avec mes chercheurs et enseignants qui viennent d’universités internationales et qui donnent aujourd’hui un exemple au sein de l’école sur le potentiel de coopération avec l’industrie.

-- En Corée, on constate que des affaires de détournement de fonds de l’argent provenant des coopérations entre industriels et académiques éclatent parfois.

▲ Non, on n’a pas de problème de ce type là. On est soumis à des contrôles très stricts de la part de la Cour des comptes, qui revient régulièrement. Maintenant, l’Ecole Polytechnique est, comme une entreprise privée, soumise au commissariat aux comptes.

Donc on a des auditors dans le sens anglo-saxon, des réviseurs en français. J’ai deux cabinets du commissariat des comptes parce que l’Ecole Polytechnique a des filiales, une filiale qui fait de la formation continue, qui est une structure à fort profit, une filiale pour soutenir nos participations dans les entreprises qui se créent dans l’école puis on a une filiale pour justement négocier la relation et les prestations du service pour la recherche industrielle.

Du fait que l’on a ces trois filiales commerciales, on est soumis à deux commissariats aux comptes. On a Deloitte et Mazars. Donc l’école est soumise à des contrôles très stricts et il s'agit d' une structure très surveillée et très élaborée.

-- Vous avez travaillé 4 ans en tant que le président de l’Ecole Polytechnique depuis 2013, quelles perspectives avez-vous concernant le futur de l’école et quels domaines sont prometteurs ?

▲ Aujourd’hui, l’école est forte à peu près dans toutes les sciences, ce qui est inscrit dans son ADN, dans le nom de l’école. Maintenant quand on voit les évolutions de la société on voit qu’effectivement les disciplines qui vont recevoir une attention particulière de notre part sont celles qui répondent à des grands défis de l’humanité. Nous sommes attachés à répondre à quatre grands défis de l’humanité.

Premier défi, c’est celui de l’économie. On accorde une très grande importance à l’économie. On est en train de monter un très grand département d’économie. Les problèmes de l’humanité, c’est la dette, c’est le taux d’intérêt négatif.

Deuxième défi pour l’humanité, c’est le défi climatique. Toutes sortes de disciplines peuvent y répondre puisque tout tourne autour de l’énergie, de l’environnement donc on a à la fois les mécaniciens du solide et du fluide, les gens qui travaillent sur la couche mince pour tout ce qui est solaire mais également tous les informaticiens qui travaillent sur les smartgrids. Déjà sur le climat, on met en relation à la fois des mécaniciens, des physiciens, des informaticiens, des mathématiciens.

Troisième défi, c’est le défi sanitaire, on met un accent particulier sur la bio ingénierie et on est en train de créer une coordination de tous nos départements dans le domaine des sciences de la vie. Ce n’est pas la création d’un nouveau département mais c’est une coordination de l’ensemble de nos activités de bio ingénierie parce que les physiciens, les opticiens, les biologistes, les mathématiciens ont tous des applications dans le domaine de la science de la vie.

Quatrième défi, c’est le défi sécuritaire, les sujets qui tournent autour de la cybersécurité, de la computer science. Comme tout ça a des conséquences sociologiques, il faut souligner le côté humain des sciences sociales puisque les étudiants doivent être à la fois très forts en sciences mais en même temps avoir une petite part de doute vis-à-vis des sciences qui leur permet de ne pas passer à côté de quelque chose.

Propos recueillis par Oh Jeong-hun

(FIN)