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2016/10/04 15:55 KST

(Interview Yonhap) Florence Aubenas, l’auteur du «Quai de Ouistreham» à Séoul

Le grand reporter du Nouvel Obs et aujourd'hui au Monde, Florence Aubenas, au café Comma dans le quartier Hongdae à Séoul lors d'une interview accordée à Yonhap le 1er octobre 2016.
Florence Aubenas

Le grand reporter du Nouvel Obs et aujourd'hui au Monde, Florence Aubenas, au café Comma dans le quartier Hongdae à Séoul lors d'une interview accordée à Yonhap le 1er octobre 2016.

SEOUL, 04 oct. (Yonhap) -- Florence Aubenas, le grand reporter au Nouvel Observateur et actuellement au quotidien Le Monde, est venue en Corée en tant qu’écrivain pour participer à un salon du livre à Séoul. Elle y a discuté de la situation précaire des jeunes d’aujourd’hui, ayant fait un reportage approfondi sur l’emploi précaire des femmes dans son livre publié il y a 6 ans.

Aubenas a été invitée au 12e Festival du livre Wow à Séoul, organisé par le Centre du livre et Art Wow du 29 septembre au 3 octobre. Elle s'est entretenue hier avec Woo Suk-hoon, économiste qui a étudié à Paris 10 sur les jeunes en difficulté.

Au lendemain de son arrivée à Séoul, Aubenas a accordé le 1er octobre une interview à Yonhap dans un café du quartier animé de Hongdae. La journaliste française a noté qu’il s’agit de sa première visite en Corée mais que le premier contact avec la Corée du Sud s’est fait à travers son livre publié en 2010 «Quai de Ouistreham», traduit en coréen la même année que sa publication en France.

A propos de cet ouvrage basé sur le récit d’une femme de ménage de Caen, elle a déclaré que «quand on est femme de ménage et qu’on ne gagne même pas le salaire minimum, on vous demande d’abord d'avoir un téléphone portable et une voiture parce qu’il faut se rendre d'un endroit à l'autre.» «Pour être pauvre, il faut commencer par être riche.»

Florence Aubenas, l'auteur du livre «Quai de Ouistreham», à Séoul lors d'une interview accordée à Yonhap le soir du 1er octobre 2016.
Aubenas à Séoul

Florence Aubenas, l'auteur du livre «Quai de Ouistreham», à Séoul lors d'une interview accordée à Yonhap le soir du 1er octobre 2016.

Dans les média sud-coréens, ce genre de reportage est fait de manière assez succinte alors que Aubenas a mené, elle-même, le travail du nettoyage pendant 6 mois, ayant été jusqu’à décrocher un contrat à durée indéterminée de femme de ménage.

Elle a indiqué que la tâche la plus difficile a été de s’intégrer à la vie d’une femme de ménage. «Quand j’ai acheté le Monde à la gare, j’ai croisé l’une de mes collègues et elle m’a dit ‘‘Tu lis ça ?’’, je me suis dit, je vais me faire démasquer», «l’idée était de ne me pas faire remarquer et j’essayais d’être plausible.»

Aubenas a noté que la question de la précarité des jeune est assez compliquée et qu'il est difficile d’avoir une solution magique. Elle a estimé que la situation en France et en Corée du Sud se ressemble.

«Aujourd’hui les emplois précaires que ce soit l’emploi intérim ou l’emploi à temps partiel concernent beaucoup de jeunes entre 18 et 25 ans», «dans les années 90, 17% des jeunes avaient un emploi précaire contre presque 50% aujourd'hui.»

Ce constat chez les jeunes français est le même chez les jeunes coréens. Le taux de chômage officiel chez les jeunes a atteint 9,3% en août, en hausse de 1,3% sur un an, d’après les données publiées par Statistiques Corée (KOSTAT).

«C’est une société qui est coupée en deux, entre d’un côté, les gens avec des emplois dans des grosses entreprises etc. et les gens qui vont vivre dans la précarité et les passerelles entre les deux sont de moins en moins nombreuses», a analysé Aubenas. «Même dans une entreprise quand on embauche un jeune, on a même du mal à lui parler parce qu’on a perdu l'habitude d’avoir des jeunes dans une entreprise», a-t-elle poursuivi.

Concernant les politiques d’assouplissement des conditions de licenciement et le mouvement de contestation contre ces projets, elle estime que «de gardez les choses comme elles étaient n'est pas possible non plus. C'est parce que ça reposent sur une société de plein emploi, d’expansion économique, une société de progrès technologique mais cette société n’existe plus».

«Il ne faut pas faire des loi qui pénalisent ce qui existent mais il faut des lois qui vont permettre à des jeunes gens d’avoir un appartement, parce qu’il n’est pas possible (d’avoir un appartement aujourd’hui pour les jeunes)», a-t-elle analysé.

La journaliste du grand quotidien français Le Monde Florence Aubenas pose devant la caméra après son interview avec l'agence de presse Yonhap le 1er octobre 2016.
Florence Aubenas au café Comma à Hongdae

La journaliste du grand quotidien français Le Monde Florence Aubenas pose devant la caméra après son interview avec l'agence de presse Yonhap le 1er octobre 2016.

«Je crois qu’il faut repenser globalement les choses, le problème aujourd’hui, c'est l'affrontement entre le bloc déjà salarié et les autres», «(il faut trouver) comment est-ce qu’on fait avec ces morceaux de choses différentes sans pénaliser ceux qui sont en train de travailler. On est proche d’une transition et il faut y réfléchir ensemble», a-t-elle ajouté.

Aubenas n’a pas caché son intérêt au sujet d' un éventuel reportage en Corée du Nord mais sous certaines conditions. Elle a noté qu'il faudra réfléchir comment pouvoir aller à l’essentiel au lieu de se contenter des apparences des visites guidées et a ajouté que des préparatifs très pointus sont nécessaires pour réussir ce genre de voyage.

Oh Jeong-hun

(FIN)