SNS Share
Article View Option

2016/09/13 11:55 KST

(Interview Yonhap) Gilles Ghersi, un peintre français invité au Festival du film de jeunesse de Séoul

SEOUL, 13 sept. (Yonhap) -- Gilles Ghersi, un peintre français venu de Valence du département français de la Drôme, ira à la rencontre du public coréen à l’occasion du Festival international du film de jeunesse de Séoul (SIYFF, 29 septembre-4 octobre) avec des œuvres artistiques.

Chargé de produits artistiques pour cet évènement cinématographique dédié aux différents aspects de la jeunesse, Ghersi, un ancien joailler très réputé dans sa région et aujourd’hui peintre, a accordé une interview exclusive à l’agence de presse Yonhap ce lundi, au lendemain de son arrivée à Séoul.

Avant l'interview accordée à Yonhap le 12 septembre 2016, Gilles Ghersi pose devant la caméra.
Gilles Ghersi

Avant l'interview accordée à Yonhap le 12 septembre 2016, Gilles Ghersi pose devant la caméra.

Un joailler confirmé et maintenant dans la peinture, Ghersi a expliqué la raison de son tournant dans la vie : «Raconter des histoires, ce qu’on est à travers un monde fantasmagorique», une inspiration provenant de sa tante trisomique.

Il a été retenu et invité au SIYFF comme maître artistique d’une collaboration à la vue de l’esprit de ses œuvres qui cherchent «une solidarité dans la société et l’union de l’humanité en passant par la sphère familiale», ce qui correspond à l’idée de ce festival.

Il prévoit une séance de dédicaces à la galerie LauliAn d’Euiwang dans la province du Gyeonggi, juste au sud de Séoul, le 17 septembre prochain ainsi qu’une exposition à la galerie Dongbang dans le quartier de Songdo à Busan, ville portuaire à l’extrême sud-est du pays, avant de participer à la cérémonie d’ouverture de la 18e édition du SIYFF.

A cette cérémonie d’ouverture qui se déroulera à l’hôtel The-K Séoul, dans le quartier de Yangjae, le peintre fera d’autres dédicaces et ses œuvres artistiques seront vendues sur un stand dressé devant l’hôtel durant le festival.

ⓒ Gilles Ghersi

Ci-dessous, le texte intégral de l’interview :

-- Comment vous présenteriez-vous, un peintre ou un designer de joaillerie ?

▲ Je préfère le terme artiste. La joaillerie est un métier artistique et la joaillerie m’a amené à la bijouterie et à la peinture et ma formation initiale est là. La joaillerie, j’avais cette inspiration depuis toujours. La peinture, j’avais une formation de beaux-arts au départ. C’est cette formation, cette passion, cette envie qui ont pris part. Aujourd’hui, je vis de la peinture.

Il y a eu un cheminement. J’ai d’abord eu un problème de santé qui a touché notamment mes mains, qui m’a handicapé par rapport à mon métier initial. Donc, à un moment donné, il a fallu se poser des questions. C’est assez simple comme question : c’est où vous pleurez votre sort et vous restez dans un coin ou vous décidez de vous battre et de faire autre chose.

A cette époque-là, j’ai décidé de me battre donc je suis tout naturellement arrivé. Et je suis retourné à mes premiers amours, la peinture. Je me suis remis différemment parce que mes mains ne me permettaient pas tout ce que je voulais. Il a fallu que je trouve d’autres styles et j’ai avancé. Cela a été pour moi une libération et c’est ce qui m’a permis de rester quelque part en vie.

-- Un basculement vers la peinture, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

▲ La joaillerie, ce n’était pas réellement une vocation. J’avais plutôt une approche artistique. Je n’avais pas envie de faire mon métier une industrie à proprement parlé. Je voulais rester dans un artisanat de qualité, voire de haute qualité, et proposer à mes clients d’autres choses que le bijou classique. Donc, ce n’était pas foncièrement un chemin que j’avais envie de suivre à cette époque-là, je voulais rester comme j’étais.

-- Le lien avec la Corée du Sud et la première prise de contact se sont faits comment ?

▲ J’ai toujours nourri cette passion pour les pays asiatiques. Le Vietnam, le Japon, la Corée et la Chine, ce sont des endroits que je rêvais de voir. Ensuite, quand j’ai commencé à ouvrir l’activité de peinture, les réseaux sociaux, je me suis tout naturellement tourné vers mes premières inspirations qui étaient les pays asiatiques.

Je dirais que, de fil en aiguille, je me suis aperçu que ce n’était pas une volonté au départ, mais mon travail a commencé à me plaire, donc tous les regards que j’ai eus sont vraiment intéressants, voire intéressés, et petit à petit les choses se sont faites.

-- C’est votre première visite en Corée, n’est-ce pas ?

▲ La Corée en France, il y a toujours un écho particulier. Les Français ou nous autres sont très politisés. La situation de la Corée aujourd’hui et son passé, ce sont tant de choses qui m’ont toujours intéressé, même l’avenir de la Corée. C’est pour ça que je suis là. C’est tout simple. C’est ma première visite et c’est pour ça que je suis sous le charme, voire sous l’émotion.

ⓒ Gilles Ghersi

-- Votre inspiration artistique d’où vient-elle ? Je vois dans votre peinture une certaine inspiration venant de Picasso par exemple.

▲ Au départ, j’ai cherché ma voie et j’ai tâtonné jusqu’au jour où j’ai commencé à voir ces personnages que je mets en scène. Ils ont été nourris par mon passé, notamment par ma tante. Ma tante était trisomique. Elle est décédée à l’âge de 65 ans. Elle avait pour habitude d’avoir des petits cahiers et de griffonner sans cesse des personnages comme ça, des espèces de visages. Donc elle exprimait comme ça ce qu’elle ressentait à cause de son handicap.

A partir de ces schémas, de ces croquis, j’ai eu moi aussi l’envie et l’idée de raconter des histoires, ce qu’on est à travers un monde fantasmagorique, un monde un petit peu étrange. Cela permet de prendre du recul et de dire : "Je suis un peu ça, mais pas tout à fait non plus." Donc, j’ai commencé à dessiner mes premiers personnages et petit à petit à les mettre en scène.

Cet univers, je l’ai en moi et je le porte en moi. Je revendique le fait que mes personnages appartiennent aussi à ma tante. Elle avait son handicap, certes, mais j’avais une gratitude vis-à-vis d’elle, c’est important. Et après, j’ai aimé énormément raconter toutes ces scènes de vie avec ce que j’appelle les personnages imaginaires qui viennent nous voir en général la nuit. Ayant plutôt une tendance insomniaque, c’est facile de les rencontrer la nuit.

Donc je crée ces mondes et ces univers. Parallèlement à ça, j’aime peindre ma nature, ma Drôme et après je me suis nourri de Chagall, j’adore Chagall, j’adore l’univers Picasso. Je me suis nourri un peu partout par ces peintres mais je n’en ai pas le talent. Chagall et Picasso, ils avaient réellement leur univers et c’était le leur. Personne ne pouvait y entrer. Ils étaient les seuls à pouvoir l’exprimer. D’ailleurs, Picasso, Chagall, on aime ou on n’aime pas. Ce n’est pas très consensuel. Je pense que ma peinture, c’est un peu comme ça. Elle n’est pas tellement consensuelle.

-- Comment se déroule la collaboration avec les organisateurs du Festival international du film de jeunesse de Séoul ? Avez-vous des objets artistiques spécifiques pour le SIYFF ?

▲ J’ai fait deux toiles. Là aussi, ça a été une belle surprise. Le festival m’a demandé de faire deux peintures, "ni votre univers, il va pouvoir jouer le nôtre". Ce qui n’était pas simple au départ, c’est que j’avais comme impératif de mettre un cerf (le logo du SIYFF). On m’a expliqué un peu le pourquoi et le comment. J’avais un code de couleurs à respecter. Ce ne sont pas des choses que je fais ou que j’aime réellement faire.

L’idée d’un autre monde dans le mien, ça m’a tout de suite intéressé et je me suis dit : ‘‘Allez ! Je vais travailler là-dessus.’’ Donc, j’ai fait mes deux peintures. Elles ont plu et voilà comment je suis entré dans ce festival. (Ces deux tableaux de Ghersi seront utilisés pour faire des objets artistiques du festival).

-- Quelles sont, selon vous, les spécificités de la culture coréenne ?

▲ Tous les gens que j’ai rencontrés ici, même dans la rue, ils ont un côté paisible. Pourtant, Séoul est une ville trépidante, les gens ont un côté très paisible, on ne sent pas d’agressivité. C’est quelque chose qui me surprend par rapport aux autres villes comme Paris. C’est très paisible, c’est très agréable de se fondre dans leur milieu. D’ailleurs, on ne vous regarde pas comme un étranger, j’aime beaucoup ça. Il n’y a pas un regard lourd sur vous.

Les Coréens sont, comme un brin réservé, dans l’attente de ce qui va se passer mais toujours prêts à faire le premier pas quelque part. Je trouve ça très intéressant. Il y a aussi ce mélange de modernité notamment chez la jeunesse. C’est quelque chose qui me surprend aussi, cette jeunesse multicolore dans ses vêtements, dans son approche, beaucoup de fantaisie.

Et à côté de ça, la Corée est plutôt traditionnelle. Il y a réellement deux populations. Enfin, c’est un sentiment mais on le voit bien dans le métro. Mais vous avez tous un point commun, c’est hallucinant, c’est le téléphone. Je pense que l’ancienne génération et la nouvelle génération, vous êtes tous liés par le téléphone. Les Français, les jeunes le sont certes mais un peu moins quand même.

ⓒ Gilles Ghersi

Propos recueillis par Oh Jeong-hun

(FIN)