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2016/09/01 14:11 KST

(Interview Yonhap) «La technique d’imprimerie du Jikji est l’une des inventions les plus importantes dans l’histoire de l’Homme»

CHEONGJU, 01 sept. (Yonhap) -- Frank La Rue, sous-directeur général pour la communication et l’information à l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) a accepté hier d’accorder une interview à l’agence de presse Yonhap alors que débute ce jeudi le festival Jikji Korea à Cheongju, la capitale de la province du Chungcheong du Nord, dans le centre du pays.

L’événement international, qui durera huit jours dans la ville située à 130 km au sud de Séoul, est consacré au «Jikji», le plus ancien livre au monde imprimé avec des caractères métalliques amovibles. Son objectif est de mieux faire connaître cet ouvrage bouddhique en Corée et à travers le monde.

Frank La Rue, sous-directeur général pour la communication et l’information à l’Unesco.
Frank La Rue, sous-directeur général pour la communication et l’information à l’Unesco.

La Rue (64 ans) est Guatémaltèque. Il est un expert des droits du travail et a pendant longtemps défendu les droits humains. Il a été rapporteur spécial de l’ONU pour la promotion et la protection des droits à la liberté d’opinion et d’expression, de 2008 à 2014.

Ci-dessous, la transcription de l’entretien dans lequel La Rue parle du «Jikji» et du prix Unesco/Jikji Mémoire du monde récompensant des personnes et organisations qui ont contribué à la préservation et à la promotion du patrimoine documentaire mondial.

- Le Jikji a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Quelle est la valeur centrale pour laquelle il a reçu la reconnaissance ?

▲ Le Jikji est le premier livre au monde à avoir été imprimé avec des caractères métalliques mobiles (en 1377, soit 78 ans avant la Bible de Gutenberg). Cette technologie a été reconnue comme le premier facteur qui a apporté un changement révolutionnaire sur la façon d’imprimer les livres et de disséminer l’information. C’est pour cette raison que ce bien appartenant au patrimoine mondial a été reconnu. Il a eu un impact très important non seulement en Corée mais aussi dans le reste du monde.

Le Jikji est unique du fait de la technique d’imprimerie considérée comme l’une des inventions les plus importantes dans l’histoire de l’Homme. Grâce à cette invention, la connaissance, qui était jusque-là réservée à la haute classe, a gagné tout le monde. Cette technique a non seulement permis au peuple de recevoir une éducation mais a aussi entraîné des changements révolutionnaires et historiques au sein de la société.

- Le prix Unesco/Jikji Mémoire du monde a été fondé il y a 10 ans. Cinq personnes ont été récompensées. Que pensez-vous de ce prix ? A-t-il atteint son objectif initial ?

▲ L’objectif de ce prix est en phase avec l’objectif premier de l’Unesco : fournir à tous l’accès à l’information et à la connaissance. Il est aussi proche de l’objectif du programme Mémoire du monde. Le prix a été créé en 2004 et a marqué le début d’un grand partenariat entre l’Unesco et les autorités coréennes. Le prix a atteint son objectif en reconnaissant le travail de personnes et organisations spécialisées dans la préservation du patrimoine documentaire et en leur offrant des soutiens moraux et financiers. Au cours des années, il a gagné en popularité et est devenu un prix connu pour sensibiliser les gens sur l’importance de conserver notre patrimoine culturel et documentaire. Il a aussi incité certains à venir travailler dans ce domaine.

- Que pensez-vous de la vision future du prix Unesco/Jikji ?

▲ Tout d’abord, je voudrais rappeler la vision du programme Mémoire du monde qui est simple mais forte : le patrimoine documentaire mondial appartient à tout le monde et doit être préservé et protégé pour tout le monde et être accessible à tout le monde. Le prix Jikji fait la promotion de cette vision de manières directe et proactive. Il encourage aussi les institutions à réaliser des copies numérisées et à mettre en ligne des catalogues et publications.

Nous ne devons pas oublier que, pour améliorer les normes et les techniques de préservation du patrimoine documentaire, nous devons stimuler les échanges transfrontaliers pour la protection et la préservation du patrimoine. Grâce au «pouvoir de l’exemple», le prix peut aussi aider à encourager les efforts et les projets liés au patrimoine dans toutes les régions. Par exemple, le prix Jikji peut être élargi pour soutenir des partenaires et des campagnes nationales et internationales pour la préservation du patrimoine documentaire en danger.

De plus, il peut devenir une plate-forme internationale (au sein du programme Mémoire du monde) pour des échanges entre ceux impliqués dans la préservation du patrimoine documentaire, l’éducation, la recherche, la communication et l’interprétation. Il a le potentiel pour aider les professionnels, les volontaires et les autres du monde entier à se rencontrer, débattre et s’inspirer mutuellement. En partenariat avec l’Unesco, le projet Jikji peut prendre de l’importance et initier l’organisation d’un «congrès sur le patrimoine documentaire» tous les trois ou quatre ans, avec notamment un forum public sur les divers sujets concernant le patrimoine documentaire et la communauté internationale. Il peut aussi être à l’origine de réunions locales, nationales, régionales avec des organisations non gouvernementales de différentes parties du monde.

- A travers divers programmes comme le prix Jikji, la Table ronde du patrimoine documentaire et même l’Association internationale des musées de l’imprimerie inauguré cette année au festival Jikji Korea, la ville de Cheongju cherche à établir un réseau international d’archivistes. Pourriez-vous faire une suggestion à Cheongju pour l’aider dans cette voie ?

▲ L’Unesco considère que le patrimoine, matériel et immatériel, est notre richesse commune, l’héritage que nous avons reçu des générations précédentes et que nous lèguerons à celles qui viendront. C’est un fonds de connaissances irremplaçable et une ressource importante pour la croissance économique et la cohésion sociale. Notre patrimoine documentaire est une ressource partagée et un bien commun. S’occuper de notre héritage relève donc de notre responsabilité.

Même si la préservation du patrimoine documentaire doit être assurée essentiellement pas les autorités nationales, régionales et locales, les échanges et le partage de connaissances et d’ informations restent extrêmement importants. La Recommandation de l’Unesco vise à placer le patrimoine documentaire dans les grandes priorités nationales et internationales, à renforcer la coopération et les mesures à tous les niveaux et à encourager le développement de projets de soutien aux nouveaux modèles de gestion du patrimoine documentaire. Dans ce contexte, l’établissement d’une communauté ou d’un réseau en ligne peut être adapté.

- Cheongju s’efforce de promouvoir la valeur du Jikji dans le monde entier. Le festival Jikji Korea est un événement international soutenu par le gouvernement coréen. Comment l’Unesco perçoit-elle ces efforts ?

▲ L’Unesco apprécie grandement les efforts et la contribution précieuse du gouvernement coréen comme cet événement répond totalement à la politique de l’Unesco et aux objectifs de Mémoire du monde. Je voudrais souligner que le prix Jikji a joué un rôle clé pour sensibiliser davantage sur l’importance de la préservation du patrimoine mondial et de pièces documentaires uniques et pour améliorer l’accès à ce patrimoine. Le festival Jikji Korea contribue à améliorer la compréhension et l’appréciation du patrimoine national et donc à promouvoir la diversité culturelle et le dialogue international. Le Jikji véhicule les concepts d’égalité, de partage de la connaissance, de bienveillance, de paix et d’émancipation.

xb@yna.co.kr

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