2018/06/07 18:40 KST

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(FOCUS) Les pouvoirs régionaux se disputent l'influence sur la péninsule coréenne avant le sommet Trump-Kim

SEOUL, 07 juin (Yonhap) -- Les pouvoirs régionaux se disputent l'influence sur la péninsule coréenne avant le sommet de la semaine prochaine entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, qui devrait représenter un tournant pour la géopolitique et la sécurité en Asie du Nord-Est.

A l'approche du sommet qui se tiendra mardi prochain à Singapour, la Chine, la Russie et le Japon ont accéléré leur diplomatie avec l'Etat communiste, signe de l'importance géostratégique croissante de la Corée du Nord.

Le sommet devrait se focaliser sur la résolution de l’inimitié entre Washington et Pyongyang ainsi que sur le désarmement nucléaire du Nord, qui pourrait jeter les bases de discussions sur l'établissement d'un régime de paix sur la péninsule, un processus qui impliquerait les puissances régionales.

Le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un (image de Yonhap News TV).
Le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un (image de Yonhap News TV).

La Chine a tenté ces derniers mois de se rapprocher de la Corée du Nord, à travers des sommets surprises tenus en mars et en mai. Les liens entre les deux alliés étaient avant cela plutôt distants, la Chine soutenant les sanctions onusiennes sur la Corée du Nord.

Pékin est sorti de sa torpeur le 27 avril, jour de l'adoption de la déclaration intercoréenne à l'issue du sommet Sud-Nord, dans laquelle le président sud-coréen Moon Jae-in et Kim sont convenus de chercher à mettre fin officiellement à la guerre de Corée, éventuellement lors d'un sommet trilatéral, qui exclurait la Chine.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a réagi en disant qu'il souhaite jouer un rôle «qui lui sied» en tant que signataire de l'accord d'armistice, qui a interrompu la guerre de Corée.

«La Chine pourrait être nerveuse car les deux Corées et les Etats-Unis ont mentionné un sommet trilatéral sans parler du rôle ou de la participation de la Chine», a déclaré à l'agence de presse Yonhap Suh Jin-young, professeur émérite à Korea University.

Après avoir pris le pouvoir 2013, le président chinois Xi Jinping a adopté une ligne inhabituellement dure face aux provocations nord-coréennes, telles que ses tirs de missiles et essais nucléaires, un nombre croissant de personnes en Chine estimant que la Corée du Nord s’apparente de plus en plus à un fardeau qu'à un atout.

Xi semblait vouloir cultiver à la place ses relations avec la Corée du Sud, ce qui laissait penser que Pékin cherchait à rééquilibrer sa stratégie sur la péninsule et maintenir une «égale distance» avec les deux Corées.

Suite à l'offensive de charme de la Corée du Nord, ayant débuté avec sa participation cette année aux Jeux olympiques d'hiver en Corée du Sud, Pékin a réajusté son approche et a cherché à améliorer ses relations avec son allié traditionnel.

La Chine considère la Corée du Nord comme une zone tampon entre elle et les troupes américaines stationnées en Corée du Sud.

Les récents efforts diplomatiques de la Chine pour se rapprocher du Nord ont payé, comme le montrent les déclarations des deux dirigeants.

Lors du sommet Chine-Nord en mai, le dirigeant nord-coréen a noté que la relation entre Pyongyang et Pékin devient «inséparable», tandis que le président chinois a décrit les relations bilatérales avec le Nord comme s'apparentant aux «lèvres et aux dents».

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président chinois Xi Jinping (image de Yonhap News TV)
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président chinois Xi Jinping (image de Yonhap News TV)

«Ces prochaines années et au-delà, il sera difficile pour la Chine de sous-estimer l'importance stratégique du Nord», a estimé le professeur Suh.

La Russie a elle aussi accéléré sa diplomatie dans la région. Elle a invité le dirigeant nord-coréen à participer à un forum économique qui se tiendra en septembre à Vladivostok et a récemment envoyé son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à Pyongyang pour s'entretenir avec Kim et d'autres dignitaire du régime.

Au cours des discussions tenues dans la capitale nord-coréenne, Lavrov a abordé de nombreux sujets, notamment un projet entre les deux Corées et la Russie destiné à relier les réseaux de chemins de fer des trois pays et à construire un gazoduc.

«A la lumière de ses intérêts économiques, la Russie chercherait à s'associer aux deux Corées pour donner de l’élan à sa Nouvelle politique orientale, car elle ressent le besoin de développer sa région extrême-orientale et de renforcer la coopération avec les pays asiatiques dans le cadre de cette initiative», a déclaré Chang Duck-joon, un expert de la Russie à l'université Kookmin.

«De plus, Moscou, tout comme Pékin, semble avoir fait le calcul stratégique de maintenir une influence sur la péninsule afin de limiter ou contrôler l'hégémonie croissante des Etats-Unis dans la région», a-t-il ajouté.

La nervosité du Japon s'est elle aussi fait sentir, du fait de son absence pendant les contacts à haut niveau avec la Corée du Nord.

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre japonais Shinzo Abe (image de Yonhap News TV).
Le président américain Donald Trump et le Premier ministre japonais Shinzo Abe (image de Yonhap News TV).

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe va rencontrer Trump à Singapour avant le sommet la semaine prochaine, pour semble-t-il lui faire-part des diverses inquiétudes du Japon, qui craint d'être écarté de la diplomatie en cours avec Pyongyang.

Tokyo craindrait en particulier que Trump signe un accord avec Kim qui ne soulage pas ses inquiétudes sécuritaires, à savoir les missiles balistiques nord-coréens de courte et moyenne portées capables d'atteindre l'archipel japonais.

Des observateurs ont noté que le Japon semble s'inquiéter du relâchement sensible de la ligne dure précédemment adoptée par Trump concernant la Corée du Nord. Le président américain a déclaré la semaine dernière à l'issue d'une réunion avec un officiel nord-coréen haut placé qu'il n'utiliserait plus le terme de «pression maximale» en parlant de la Corée du Nord.

«Une des questions les plus sensibles est la spéculation selon laquelle Trump pourrait tenter de résoudre la question des missiles balistiques intercontinentaux par souci de politique intérieure et ne pas s'attaquer à la menace des missiles de moyenne portée», a estimé le professeur en sécurité Nam Chang-hee de l’université Inha.

«Il pourrait également être embarrassant pour Abe de voir l'alliance entre les Etats-Unis et le Japon diverger sur la question de la pression sur la Corée du Nord», a-t-il ajouté, notant que le crédit politique d’Abe repose en grande partie sur sa ligne dure adoptée contre Pyongyang.

mathieu@yna.co.kr

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