2017/12/27 17:47 KST

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(2e LD) L'accord sur les «femmes de réconfort» n'a pas tenu compte des opinions des victimes

SEOUL, 27 déc. (Yonhap) -- Le gouvernement précédent de la présidente destituée Park Geun-hye n’a pas dévoilé à la population une partie de l’accord conclu avec le Japon en 2015 pour résoudre la question des victimes de l’esclavage sexuel au cours de la Deuxième Guerre mondiale dans le but d’échapper à des critiques pour les concessions faites à Tokyo dans les coulisses, a annoncé ce mercredi un groupe de travail.

Après avoir examiné pendant plusieurs mois la façon dont l’accord controversé a été signé, le groupe de travail du ministère des Affaires étrangères a également noté que le gouvernement Park n’a pas déployé les efforts appropriés pour écouter les victimes avant de conclure l’accord.

Il a appelé le gouvernement à mettre en œuvre une approche à plus long terme pour résoudre les questions liées au passé comme celle des «femmes de réconfort» en notant que des négociations «donnant-donnant» ou un compromis politique ne peuvent pas être une solution ultime.

«Une approche centrée sur les victimes, devenue la norme au sein de la communauté internationale lorsqu’il s’agit des droits des femmes en temps de guerre, n’a pas été suffisamment suivie et l’accord a été conclu à travers des négociations donnant-donnant comme un sujet diplomatique ordinaire», a estimé le groupe de travail dans son rapport de 31 pages donnant les résultats de son examen.

«L’accord a été conclu en s’appuyant essentiellement sur les points de vue du gouvernement sans tenir compte de manière appropriée les opinions des victimes dans le processus de négociation», a-t-il ajouté.

Lors d’une conférence de presse donnée plus tard dans la journée, la ministre des Affaires étrangères Kang Kyung-wha a regretté qu’il manquait les opinions des parties concernées. Elle a ajouté que le gouvernement accepterait humblement les résultats de l’examen du groupe de travail qui, selon elle, répondent fidèlement aux questions autour de ce sujet.

«En se basant sur ces résultats, le gouvernement recueillera les opinions des groupes civiques liés aux victimes et des experts à l’avenir en mettant l’accent sur l’approche axée sur les victimes», a promis Kang. «En outre, l’action sera prise de manière prudente en prenant en considération tout impact qu’elle pourrait avoir sur les relations entre la Corée du Sud et le Japon.»

Le groupe de travail, composé d’officiels du gouvernement et d’experts en histoire et relations avec le Japon, a été créé deux mois après l’investiture du gouvernement Moon Jae-in en vue d’examiner l’accord fortement contesté qui a été signé sous la précédente administration Park.

Cette photo datant du 28 décembre 2016 montre le ministre des Affaires étrangères Yun Byung-se de l'époque (à droite) et son homologue japonais Fumio Kishida échanger une poignée de main après avoir annoncé un accord pour résoudre la question des anciennes esclaves sexuelles.
Cette photo datant du 28 décembre 2016 montre le ministre des Affaires étrangères Yun Byung-se de l'époque (à droite) et son homologue japonais Fumio Kishida échanger une poignée de main après avoir annoncé un accord pour résoudre la question des anciennes esclaves sexuelles.

Séoul et Tokyo sont convenus le 28 décembre 2015 de résoudre de manières «définitive et irréversible» la question des femmes de réconfort alors que Tokyo a présenté des excuses pour ses atrocités commises à l’époque coloniale et a accepté de contribuer à hauteur de 1 milliard de yens (8,9 millions de dollars) à une fondation destinée à soutenir les victimes.

L’accord a été toutefois fortement contesté par des victimes et groupes civiques selon lesquels les excuses du Japon n’étaient pas suffisamment sincères et le gouvernement ne les a pas consultés en amont. Certains d’entre eux appellent à l’annulation de l’accord.

Le groupe de travail a noté que l’expression controversée «irréversible» a été proposée par la partie sud-coréenne pour s’assurer que les excuses du Japon soient définitives et pas annulées par la suite, un contexte qui a été déformé après que le Japon a exigé une résolution «définitive et irréversible» de la question des femmes de réconfort, demande qui a été acceptée dans les négociations subséquentes.

Le ministre sud-coréen des Affaires étrangères d’alors a conseillé au bureau présidentiel d’abandonner le mot «irréversible», conseil qui n’a pas été entendu, selon le groupe de travail.

Le groupe de travail a en effet confirmé la spéculation selon laquelle Séoul a fait trop de concessions dans les négociations et cela n’a pas été rendu public de sorte à éviter un tollé public.

En vertu des accords tenus secrets, le Japon a demandé au gouvernement sud-coréen de ne pas soutenir les groupes civiques si ceux-ci manifestent leur mécontentement sur l’accord et a demandé de mettre en place des plans détaillés sur la statue de fille installée en face de l’ambassade du Japon à Séoul.

La statue de fille symbolisant les victimes de l’esclavage sexuel est une cible pour le Japon. Tokyo a sans cesse demandé son retrait en se basant sur l’accord de 2015. Le gouvernement sud-coréen a démenti qu’un tel accord a été passé en affirmant n’avoir pas l’autorité de le faire, la statue ayant été érigée par des groupes civiques.

En réponse, la Corée du Sud a promis de déployer des efforts pour tenter de «persuader» les groupes civiques et d'œuvrer à résoudre «de manière appropriée» la question de la statue à travers des concertations avec les organisations concernées, selon le groupe de travail.

Face à la demande de Tokyo de ne pas utiliser la formulation «esclavage sexuel», Séoul a affirmé que le terme officiel pour désigner les femmes qui ont été contraintes à la servitude sexuelle dans les bordels japonais en première ligne pendant la Deuxième Guerre mondiale était «femmes de réconfort», cédant en réalité à la demande du Japon.

Le groupe de travail a précisé que l’ensemble du processus des huit séries de négociations de haut niveau qui a débuté en février 2015 a été dirigé par Cheong Wa Dae. Il a remis en question le fait que l’autorité de prise de décision était concentrée autour du bureau présidentiel tout au long du processus.

Il a noté que le ministère des Affaires étrangères qui devait diriger les négociations n'a pas correctement rempli sa mission et ses opinions n’ont pas été suffisamment prises en compte dans l’accord.

Concernant le montant des dédommagements, un milliard de yens, que le Japon s'est engagé à verser, le groupe de travail a indiqué qu'il n'est basé sur aucun critère objectif et qu'il n'a pas trouvé d'indices montrant que le gouvernement a tenté de recueillir l'opinion des victimes sur la question.

A la date de ce mercredi, 36 des 47 victimes qui étaient encore en vie quand l'accord a été paraphé ont reçu ou ont fait part de leur intention de recevoir l'argent, selon le groupe de travail.

Oh Tai-kyu, qui dirige le groupe, a précisé que recevoir l'argent ne signifie pas nécessairement soutenir l'accord. «Je pense qu'il faut ici voir si la logique selon laquelle recevoir l'argent signifie soutenir l'accord est valide», a déclaré Oh. «Recevoir l'argent ne veut pas dire que le crime est pardonné.»

Le groupe de travail n’a pas fourni de recommandations politiques sur cette question mais a conseillé au gouvernement de rechercher des solutions sur le plus long terme à ces questions liées à l’histoire.

«Il est difficile de résoudre un problème de l’histoire comme la question des femmes de réconfort à travers des négociations diplomatiques à court terme ou un compromis politique. Il doit y avoir des efforts de plus longue haleine pour la diffusion des valeurs, la prise de conscience et l’éducation des prochaines générations.»

Le Japon exhorte la Corée du Sud à mettre en œuvre fidèlement ce qui a été convenu. Séoul a fait part de son plan d’adopter une approche à deux voies afin de séparer les questions liées à l’histoire des relations diplomatiques bilatérales.

La péninsule coréenne a été sous le joug colonial japonais de 1910 à 1945. Des historiens estiment que plus de 200.000 femmes, la plupart des Coréennes, ont servi d’esclaves sexuelles durant la Deuxième Guerre mondiale. Le nombre de victimes sud-coréennes encore en vie est actuellement de 32.

lsr@yna.co.kr

mathieu@yna.co.kr

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