2017/11/14 23:25 KST

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Leïla Slimani, prix Goncourt 2016 : «Mon objectif est de changer l'image de la langue française»

Leïla Slimani, la représentante personnelle du président français Emmanuel Macron pour la francophonie et la lauréate du prix Goncourt 2016, prononce un discours à la réception donnée en son honneur à la résidence de l'ambassadeur de France en Corée du Sud, Fabien Penone (à g.), le mardi 14 novembre 2017.
Leïla Slimani à Séoul

Leïla Slimani, la représentante personnelle du président français Emmanuel Macron pour la francophonie et la lauréate du prix Goncourt 2016, prononce un discours à la réception donnée en son honneur à la résidence de l'ambassadeur de France en Corée du Sud, Fabien Penone (à g.), le mardi 14 novembre 2017.

SEOUL, 14 nov. (Yonhap) -- Une réception a été donnée ce mercredi soir à la résidence de l’ambassadeur de France à Séoul en l’honneur de la visite dans le pays (14-18 novembre) de Leïla Slimani, la toute nouvelle «représentante personnelle» du président de la République française pour la francophonie et la lauréate du prix Goncourt 2016.

L’ambassadrice présidentielle pour la francophonie a rencontré des membres du Conseil de promotion de la francophonie en Corée, créé en décembre 2015 et regroupant les ambassadeurs francophones en Corée ainsi que des Coréens francophones et francophiles qui œuvrent, avec l’ambassade de France, à promouvoir la langue française au pays du Matin-Clair.

Selon Slimani, la francophonie doit tout d'abord s'ouvrir : «La francophonie a toujours de nouveaux horizons. [...] Elle n'est pas un espace fermé sur lui-même. Elle peut toujours se déployer vers de nouveaux publics, vers de nouvelles personnes. C'est cette ouverture qu'il faut absolument promouvoir.»

La Corée du Sud est sa première destination en Asie depuis sa nomination par le président Emmanuel Macron le 6 novembre dernier. Slimani «incarne le visage de la francophonie ouverte sur un monde pluriculturel. Et c'est une femme engagée. Elle fait partie d'une nouvelle génération que le président veut faire émerger», avait expliqué un conseiller du palais de l’Elysée aux médias après l’annonce.

Ce choix a confirmé la prédilection du chef d’Etat français pour les personnalités reconnues dans leur domaine plutôt que des profils politiques pour mener des missions au nom de la présidence. A l’entre-deux-tours de l'élection présidentielle 2017, elle avait apporté son soutien au candidat Emmanuel Macron.

Journaliste et écrivain à la base, la Franco-Marocaine de 36 ans a pour mission de représenter la France au Conseil permanent de la francophonie, dépendant de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), de porter «au plus haut le rayonnement et la promotion de la langue française et du plurilinguisme, ainsi que des valeurs que les membres de la francophonie ont en partage», selon les mots employés par le conseiller.

«Le président de la République souhaite porter une politique ambitieuse de promotion de la francophonie», a rappelé l'ambassadeur Fabien Penone. Le rôle de la représentante sera «de présenter une politique francophone ouverte, en action, centrée sur des projets concrets liés aux priorités du président Macron, telles que l'éducation, la culture, l'égalité femmes-hommes, l'insertion professionnelle et la mobilité des jeunes, la lutte contre le dérèglement climatique et le développement du numérique», a-t-il expliqué.

Pour l’auteur de «Chanson douce», un récit glaçant du meurtre de deux enfants d’un couple parisien bobo par leur nourrice et son deuxième roman pour lequel elle a reçu l’an dernier le plus convoité des prix littéraires du monde francophone, «la littérature permet d'abattre beaucoup de murs, des murs entre les frontières, les sexes, les catégories sociales». «Le combat de la francophonie est le même, il rejoint ce combat-là.»

«Quand on partage une langue, on partage plus que ça. On partage des concepts, des goûts, l'humour», a-t-elle poursuivi. «A une époque où beaucoup de gens veulent ériger des murs, [...] la francophonie doit être valorisée car elle est un contre-modèle à cela. Elle permet de dire que, au contraire, il existe une civilisation de l'universel. Des gens qui n'ont pas les mêmes modes de vie, qui n'ont pas la même culture et qui tiennent à leur identité peuvent avoir aussi un appétit de l'autre et de sa culture. C'est cet appétit que je vais essayer de défendre avec ouverture, modernité et, j'espère, un peu d'humour et de joie parce que la langue française est aussi une langue qu'il faut rendre joyeuse et attractive et qui appartient à tout le monde.»

La lauréate du prix Goncourt 2016, Leïla Slimani, pour «Chanson douce» est arrivée en Corée du Sud ce mardi 14 novembre 2017 pour un séjour de cinq jours et une série de conférences organisées par son éditeur local.
Prix Goncourt 2016

La lauréate du prix Goncourt 2016, Leïla Slimani, pour «Chanson douce» est arrivée en Corée du Sud ce mardi 14 novembre 2017 pour un séjour de cinq jours et une série de conférences organisées par son éditeur local.

Lors d'un court entretien accordé à l'agence Yonhap, la romancière a résumé son objectif ultime : «C'est de changer l'image de la langue française.» «J'ai le sentiment que dans beaucoup de pays qui ne sont pas francophones, la langue française apparaît comme une langue élitiste, difficile à apprendre, moins utile que l'anglais. Il faut essayer de montrer que c'est une langue que tout le monde peut utiliser, qu'on peut l'écorcher et l'abîmer et que ce n'est pas grave.»

D'après elle, il est aussi très important que les Français prennent conscience de l'importance de la francophonie et contribuent à sa promotion : «Il faut aussi que le peuple français se saisisse du concept de la francophonie et soit conscient de la nécessité de promouvoir et de défendre sa langue partout il va. Il faut que chaque Français devienne un ambassadeur de la francophonie.»

Cette nouvelle voix de la francophonie est aussi connue pour être une défenseur de la cause féminine. Elle a publié cette année un nouveau livre intitulé «Sexe et mensonges : La vie sexuelle au Maroc», qui défend une sexualité libre pour les Marocaines. Outre la défense du français, la promotion de la diversité culturelle et la mobilisation des amis de la France sur des thématiques telles que l'égalité entre hommes et femmes font également partie de ses priorités auprès d’Emmanuel Macron.

A rappeler aussi que Fleur Pellerin, ancienne ministre de la Culture de la France, a été désignée le 18 janvier 2017 «grand témoin» de la francophonie aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de PyeongChang 2018 par la secrétaire générale de la francophonie, Michaëlle Jean. Le français est une langue officielle des JO et la Corée du Sud est un membre observateur de l’OIF depuis 2016.

Selon les chiffres de l’OIF, réunissant 84 Etats et gouvernements, le monde compte 274 millions locuteurs de français, dont 212 millions des cinq continents l’utilisent au quotidien, ainsi que 125 millions d’apprenants du/en français. La langue de Molière est la cinquième langue la plus parlée au monde, la deuxième langue des organisations internationales, la troisième des affaires et la quatrième sur Internet.

En Corée, le nombre total d'apprenants du français est estimé à environ 40.000 : 18.000 lycéens dans 135 écoles, 10.000 étudiants dans 54 universités et 12.000 dans des instituts de langues privés, selon les chiffres de l'ambassade. «La Corée se place ainsi devant la Chine et le Japon, dans la région, en nombre d'apprenants rapporté à la population totale», a fait remarquer l'ambassadeur.

Slimani a également confié être déjà venue en Corée il y a trois ans pour un voyage touristique d'une semaine. Elle se dit proche de la Corée et fan de la cuisine coréenne car elle habite dans un quartier où les restaurants coréens sont nombreux. Elle a des amis coréens et son meilleur ami est marié à une Coréenne. Elle adore le cinéma coréen qu'elle trouve «fascinant, violent et cruel» à la fois.

Durant ce deuxième séjour de cinq jours dans le pays, elle ira à la rencontre d’étudiants sur les campus de l’université féminine Ewha à Séoul et de l’université nationale de Busan et donnera une série de conférences suite à la sortie la semaine dernière de la traduction coréenne de «Chanson douce». La première conférence a eu lieu plus tard dans la soirée d’aujourd’hui, à l’Institut français de Séoul. Le programme détaillé est disponible sur les liens suivants :

https://kr.ambafrance.org/spip.php?page=agenda&lang=fr&id_rubrique=1 (ambassade de France en Corée du Sud)

http://www.institutfrancais-seoul.com/portfolio-item/rencontre-avec-lecrivain-leila-slimani/ (Institut français de Séoul)

Leïla Slimani pose pour Yonhap dans un salon de la résidence de l'ambassadeur de France à Séoul, le mardi 14 novembre 2017.
A la résidence de France

Leïla Slimani pose pour Yonhap dans un salon de la résidence de l'ambassadeur de France à Séoul, le mardi 14 novembre 2017.

Xavier Baldeyrou

(FIN)