2018/05/24 22:24 KST

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(FOCUS) La Corée du Nord fait un geste «préventif» de bonne volonté avec le démantèlement de son site d'essais nucléaires

SEOUL, 24 mai (Yonhap) -- La Corée du Nord a fait ce jeudi un premier pas potentiellement important vers la dénucléarisation en démantelant son site souterrain d'essais nucléaires, moins de trois semaines avant le sommet qu’elle tiendra avec les Etats-Unis.

Elle a dynamité le cœur de son programme d'armement nucléaire situé à Punggye-ri, une zone montagneuse du nord-est du pays, au cours d'un spectacle auquel ont assisté une dizaine de journalistes de divers pays.

Le gouvernement sud-coréen a salué le démantèlement du site, qui est selon lui «la première mesure de la dénucléarisation». «Nous nous attendons à ce que cela ouvre la voie à une dénucléarisation complète à l'avenir», a dit le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Noh Kyu-duk lors d'un point de presse.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un et le président des Etats-Unis Donald Trump se préparent à se rencontrer le 12 juin à Singapour.

Trump s'est récemment montré vague quant à la possibilité que le sommet se tienne comme prévu. Il y a toutefois peu de chances que le président américain n’y participe pas et manque l'occasion de gagner un prix Nobel de la paix si les choses se déroulent bien.

Image représentant le démantèlement de Punggye-ri.
Image représentant le démantèlement de Punggye-ri.

En démantelant le site de Punggye-ri, le jeune dirigeant nord-coréen montre à son homologue américain qu’il désire véritablement discuter. Il s'agit selon des experts sud-coréens d'une concession faite par Kim avant le début des négociations.

Il s'agit aussi d'une rare action concrète de la Corée du Nord dans ce qui sera sûrement un long et difficile processus de dénucléarisation, en plus de la décision prise en avril d'arrêter les tirs de missiles balistiques intercontinentaux.

Ces mesures indiquent que Kim envisage sérieusement de dialoguer et pourrait faire preuve d'une certaine flexibilité sur les termes d'un accord, a estimé Kim Dong-yub, professeur à l'Institut des études extrêmes orientales de l'Université Kyungnam. «Ce qui est le plus frappant est qu'il s'agit d'une mesure préventive qui n’est associée à aucune récompense (immédiate)», a-t-il déclaré. «Cela veut dire que le Nord a fait le premier pas.»

Cela semble indiquer que Kim désire que sa rencontre avec Trump, qui a pour objectif de troquer l'arsenal nucléaire nord-coréen contre des garanties de sécurité pour le régime et autres bénéfices, se déroule avec célérité, a-t-il ajouté.

Kim a appelé à des mesures «progressives et synchronisées» des deux côtés. Les officiels américains prônent eux une mise en place rapide d'un accord général. Le président Trump espère obtenir des résultats concrets avant les élections de mi-mandat en novembre.

Des représentants nord-coréens et américains se prépareraient à tenir cette semaine à Singapour une réunion préparatoire au sommet.

La fermeture du site de Pyunggye-ri pourrait contribuer à briser la glace entre les deux camps et permettre à ce qu’un «grand accord» soit conclu lors du prochain sommet.

Les critiques ont cependant minimisé le geste de la Corée du Nord, qui selon eux ne garantit pas un démantèlement complet, vérifiable et irréversible du programme nucléaire nord-coréen.

Explosion d'une cheminée de refroidissement au complexe Yongbyon en 2008.
Explosion d'une cheminée de refroidissement au complexe Yongbyon en 2008.

Cela pourrait selon eux s'avérer n'être qu'un autre feu de paille, similaire à l'explosion télévisée en 2008 d'une tour de refroidissement du complexe nucléaire Yongbyon.

Le caractère irrévocable du démantèlement du site de Punggye-ri est également incertain. La Corée du Nord n'a pas invité de spécialistes du nucléaire, tels que ceux de l'Agence internationale de l'énergie atomique ou de l'Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires, pour contrôler la démolition du site.

«Cela me rappelle beaucoup la scène de la destruction de la tour de refroidissement sous l'administration Bush, où les médias étaient invités à observer l'explosion, l'image était bonne et avait été promue par l'administration Bush et la famille Kim», a déclaré à la chaîne CNN Melissa Hanham, associée de recherche au Centre James Martin pour les études de non-prolifération.

Les critiques disent aussi que la Corée du Nord n'a plus besoin de Punggye-ri, cette dernière ayant déclaré posséder désormais une «force nucléaire nationale.» Le site aurait été rendu largement inutilisable par les dégâts causés par les six précédents tests nucléaires tenus entre 2006 et 2017.

Le quotidien Chosun Shinbo, un journal pro-Corée du Nord publié au Japon, a estimé que la cérémonie à Punggye-ri est une «mesure préventive appelant le partenaire de dialogue à prendre une action correspondante en faveur de la paix.»

mathieu@yna.co.kr

(FIN)