2018/05/10 11:30 KST

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Un an après, la politique pacifique du président Moon porte ses fruits

Le président Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un échangent la déclaration de Panmunjom après l'avoir signée le vendredi 27 avril 2018, au village de la paix de Panmunjom, lors du sommet intercoréen.
Déclaration Sud-Nord

Le président Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un échangent la déclaration de Panmunjom après l'avoir signée le vendredi 27 avril 2018, au village de la paix de Panmunjom, lors du sommet intercoréen.

SEOUL, 10 mai (Yonhap) -- Un an après son début, la campagne du président Moon Jae-in pour la réconciliation et la paix transfrontalières commence à porter ses fruits, Pyongyang s'orientant vers des pourparlers sur la dénucléarisation après des années de provocations.

Une ligne de communication directe entre Moon et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a été établie. Leur sommet historique du mois dernier a abouti à des accords longuement attendus destinés à réduire les tensions militaires, renforcer la coopération bilatérale et rechercher une «dénucléarisation complète».

Ces avancées étaient encore impensables l'année dernière, alors que la Corée du Nord poursuivait sa rhétorique menaçante et ses provocations, sur le modèle de sa politique à deux volets de développement simultané de son programme nucléaire et de son économie.

Des analystes ont attribué l'atmosphère de paix à la délicate médiation de Moon entre le président américain Donald Trump et Kim, qui devraient se rencontrer dans les prochaines semaines pour discuter de la dénucléarisation nord-coréenne.

Mais la politique pacifique du président sud-coréen pourrait rencontrer une série de défis, tels que des procédures de dénucléarisation techniquement complexes, un conflit d'intérêts géopolitiques potentiel entre les grandes puissances et des attaques de ses ennemis politiques sud-coréens.

«Malgré plusieurs variables, Moon, adoptant une approche raisonnée, a su garder une certaine stabilité», a déclaré Park Won-gon, expert en politique étrangère à l'université globale Handong, à l'agence de presse Yonhap.

«Son principe était de rechercher le dialogue et un compromis pour résoudre le dilemme nucléaire, tout en veillant à ce que son pays ne soit pas en désaccord avec Washington malgré l'approche et les outils politiques différents de son allié», a-t-il ajouté.

Depuis son élection en mai dernier, Moon a recherché un dialogue avec Pyongyang, qui, selon les critiques, pourrait contribuer à un éloignement avec Washington, qui privilégie une campagne de «pression maximale».

Certains détracteurs ont également avancé que le président progressiste pourrait reproduire l'échec de l'ancien président Roh Moo-hyun, qui a été élu sur le vœu nationaliste de «ne pas suivre l'Amérique». Moon a été chef de cabinet de Roh, qui a dirigé le pays de 2003 à 2008.

Ces inquiétudes se sont toutefois révélées infondées car Séoul a maintenu une étroite coordination avec son allié Washington, tout en renforçant les liens de confiance avec Pyongyang grâce au message consistant suivant : pas d'intention de changer le régime nord-coréen ou de réunification forcée par absorption.

«Une des inquiétudes était que Moon suive la diplomatie idéologique de Roh, étant donné qu'il a été élu sur la même base électorale progressiste que ce dernier», a déclaré Kim Tae-hyun, professeur de diplomatie à l'université Chung Ang.

«Mais l'approche de Moon est bien différente de celle de Roh, qui a été qualifiée d'amicale avec le Nord et la Chine et hostile aux Etats-Unis, et qui a donné naissance à l'approche pragmatique de Lee Myung-bak, le successeur de Roh».

Les efforts ambitieux de Moon en faveur de la paix se sont également heurtés à des obstacles en Corée du Sud.

Alors que le Nord se montrait belligérant avec son sixième essai nucléaire en septembre dernier et une série de tests de missiles balistiques, les partis conservateurs ont qualifié la politique de Moon de «trop faible, naïve et lénifiante» pour pouvoir répondre au régime nord-coréen.

Mais les attaques se sont estompées, les partisans de Moon accusant ceux de la droite belliciste d'être des «forces anti-paix». Le président a lui poursuivi sa politique en bénéficiant d'une solide cote de popularité.

Selon une étude menée par Gallup Korea la semaine dernière, la cote de popularité de Moon est de 83%, en hausse de 10 points de pourcentage par rapport à la semaine précédente. Gallup a attribué cette hausse, en partie, au troisième sommet intercoréen du mois dernier.

De nombreux obstacles existent encore avant la dénucléarisation «complète», ont cependant averti des experts. Les standards de vérification élevés de Washington, associés à la méfiance de Pyongyang à l'égard de son ennemi juré, pourraient faire dérailler la politique du président sud-coréen.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a reçu le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo à Pyongyang, a rapporté le jeudi 10 mai 2018 l'Agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA). (Utilisation en Corée du Sud uniquement et redistribution interdite)
Poignée de main Kim-Pompeo

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a reçu le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo à Pyongyang, a rapporté le jeudi 10 mai 2018 l'Agence centrale de presse nord-coréenne (KCNA). (Utilisation en Corée du Sud uniquement et redistribution interdite)

Les Etats-Unis ont récemment cherché à élever les enjeux des pourparlers sur la dénucléarisation. Le nouveau secrétaire d'Etat américain, Mike Pompeo, a mentionné le «démantèlement permanent, vérifiable et irréversible» du programme nucléaire de la Corée du Nord

«Le diable, bien sûr, sera dans les détails. Le déroulement de l’accord ainsi que sa mise en œuvre et les incertitudes demeurent particulièrement dans la vérification et la mise en œuvre de tout pacte», a déclaré Michael Raska, professeur assistant au département d’études internationales de l'université technologique de Nanyang à Singapour.

«Le prix du programme nucléaire de la RPDC est beaucoup plus élevé aujourd'hui qu'il y a 20 ans, et le régime a investi des milliards dans ce programme», a-t-il ajouté. RPDC est le sigle du nom officiel du Nord, République populaire démocratique de Corée.

Dans le processus de dénucléarisation, Séoul pourrait faire face à un dilemme diplomatique entre Washington et Pyongyang, a déclaré Chun In-young, professeur émérite à l'université nationale de Séoul.

«Il est bon d'améliorer les liens transfrontaliers [...] mais la partie délicate est que Séoul risque d’être floué par Pyongyang, qui pourrait reprendre sa vieille tactique de gagner du temps grâce à des négociations prolongées, et cela donnerait une situation susceptible d’altérer la confiance de Séoul avec Washington», a-t-il estimé.

Les résultats de Moon concernant les relations avec la Chine et le Japon sont mitigés.

Bien que Pékin semble avoir assoupli ses mesures prises en représailles à l'accord de Séoul d'accueillir le système antimissile américain THAAD, la méfiance persiste entre les anciens ennemis de la guerre froide. L'asservissement sexuel des femmes coréennes par l’armée impériale japonaise pendant la guerre et les revendications persistantes de Tokyo sur les îlots de Dokdo demeurent une source permanente de tensions dans les relations bilatérales.

«Séoul semble faire trop attention à ses liens avec Pyongyang et Washington, alors qu’il a besoin d'une approche plus équilibrée avec une attention particulière portée à la Chine», a déclaré Choo Jae-woo, professeur de politique étrangère chinoise à l'université Kyung Hee.

Une autre caractéristique politique qui distingue Moon de ses prédécesseurs est son orientation stratégique vers les 10 membres de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) dans le cadre de sa «nouvelle politique Sud».

Moon a cherché à raffermir la relation avec l'Asean au niveau des liens noués par Séoul avec les quatre puissances majeures, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Russie, en raison de sa valeur géopolitique, de son potentiel de croissance et de ses importantes ressources.

La communauté de l'Asean avec environ 630 millions de personnes, la troisième plus grande population au monde après la Chine et l'Inde, dispose de sites stratégiques reliant la région indopacifique qui accueille les routes commerciales et énergétiques les plus cruciales du monde, une raison pour laquelle les principaux pays cherchent à avoir de l'influence sur le bloc.

«Bien qu'il soit encore prématuré de l'évaluer, la politique de Moon va dans la bonne direction, étant donné que l'Asean est géographiquement située au point de croissance de l'Asie qui relie l'Inde et la Chine», a déclaré Lee Sun-jin, professeur de diplomatie à l'université de Sogang.

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