2017/12/26 14:00 KST

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Dossier nord-coréen en 2018 : les incertitudes inciteront au dialogue

Le président sud-coréen Moon Jae-in parle de la Corée du Nord lors d'un discours à la fondation Korber à Berlin, en Allemagne, le 6 juillet 2017.
Moon Jae-in

Le président sud-coréen Moon Jae-in parle de la Corée du Nord lors d'un discours à la fondation Korber à Berlin, en Allemagne, le 6 juillet 2017.

SEOUL, 26 déc. (Yonhap) -- Les incertitudes planant autour de la Corée du Nord devraient, l’année prochaine, laisser place au dialogue sur son programme nucléaire et ce malgré la volonté de Pyongyang de le développer et les «pressions maximums» de Washington, prévoient des experts du dossier nord-coréen.

Ces derniers anticipent notamment une sortie de l’impasse nucléaire alors que le président américain Donald Trump pourrait tenter un coup diplomatique à l’approche des élections de la mi-mandat, en novembre 2018, et que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un pourrait chercher de nouveaux moyens pour éviter la suffocation économique.

Cependant, le pessimisme n’a pas disparu quant à une résolution de la situation sur la péninsule coréenne. Le régime nord-coréen continue à s’armer jusqu’aux dents pour assurer sa survie et renforcer son pouvoir de négociation en vue de possibles discussions avec les Etats-Unis et la Corée du Sud.

Tous les yeux sont désormais rivés sur le discours que Kim prononcera pour la nouvelle année. Celui-ci donnera la température sur les relations entre son pays et les autres nations concernées de la région.

Cho Sung-ryul, chercheur à l’Institut pour la stratégie de sécurité nationale (INSS), prédit que Kim pourrait présenter un message positif en réponse aux efforts du gouvernement sud-coréen pour améliorer les liens intercoréens.

«Comme le président (sud-coréen) Moon Jae-in envoie un signal positif au Nord, il pourrait y avoir un message positif dans le discours du Nouvel An du Nord. Et je pense aussi qu’un contact intercoréen pourra être établi à temps pour les Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang», a-t-il poursuivi.

Cho faisait référence à la proposition de Moon faite à Washington pour reporter la tenue d’exercices militaires sud-coréano-américains, perçus par Pyongyang comme une «répétition de guerre d’invasion», à après les JO pour éviter de faire monter la tension durant l’événement sportif.

Le chercheur a aussi observé que Pyongyang pourrait profiter des JO pour s’ouvrir à la paix «de manière trompeuse» en campant sur ses positions, plus particulièrement pour maintenir son programme nucléaire en dépit des sanctions internationales.

« Mais comme il n’y a pas eu d’élan pour un dialogue transfrontalier, nous sommes à un moment crucial pour donner une impulsion en vue de restaurer le dialogue intercoréen.»

Depuis son investiture en mai dernier, Moon a indiqué à plusieurs reprises son désir de dialogue et rapprochement intercoréens. Son gouvernement a approuvé des aides humanitaires au Nord malgré les critiques de l’opposition.

Le président a aussi dit clairement qu’il ne chercherait en aucun cas une réunification par la force de la péninsule coréenne, ni un changement de régime au Nord, afin de favoriser la réconciliation entre les deux Corées.

© Yonhap News TV
© Yonhap News TV

Mais Pyongyang a répondu par des provocations : un sixième essai nucléaire et le plus puissant à ce jour, le 3 septembre, et une série de tirs de missiles balistiques dont trois étaient de type intercontinental, deux en juillet et un en novembre.

Toutefois, les observateurs n’écartent pas la possibilité de pourparlers entre Washington et Pyongyang et ce pour des raisons politiques internes. Le gouvernement américain est sous pression et ne veut pas que le Nord se dote d’une arme nucléaire capable de frapper son territoire.

Trump pourrait donc chercher une voie diplomatique pour mettre fin à cette crise sans mettre en danger des villes américaines et faire pencher la balance en sa faveur avant l’échéance électorale, analysent les experts.

De plus, la situation en Corée du Nord pourrait se détériorer davantage l’année prochaine à cause des sanctions renforcées de la part de la communauté internationale. L’économie pourrait souffrir et le peuple nord-coréen également.

«Au milieu des années 90, le Nord a subi une grave crise alimentaire après la mort de l’ancien dirigeant Kim Il-sung, mais certains prévoient que la situation économique du Nord pourraient être pire que cela», a prévenu le ministre de l’Unification, Cho Myoung-gyon, lors d’un forum en octobre.

Kim Dong-yup, professeur à l’Institut d’Extrême-Orient de l’université de Kyungnam, estime par conséquent que 2018 sera une année test pour le leadership nord-coréen qui s’est focalisé jusqu’à présent sur la construction d’une force nucléaire.

«L’année prochaine sera une période très significative pour le dirigeant Kim comme des questions pourraient apparaître sur son leadership s’il ne présente pas à ses citoyens quelque chose de nouveau», pronostique-t-il.

Le 22 décembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une nouvelle salve de sanctions contre le Nord pour sa provocation balistique du mois dernier. Les importations de brut et de pétrole raffiné ont été soumises à de nouvelles restrictions et des sources importantes de revenus suspectés de servir au financement du programme nucléaire ont été bloquées.

Tandis que beaucoup pensent que ces sanctions finiront par faire plier le régime pour une reprise du dialogue, d’autres doutent de leur efficacité en les jugeant insuffisantes à l’image de Robert Gallucci, ancien émissaire américain sur le dossier nucléaire nord-coréen.

L’ex-envoyé a récemment déclaré : «Le Nord sait comment contourner les sanctions. N'imaginez pas que les sanctions causeront tellement de mal que la Corée du Nord abandonnera ses armes nucléaires. N'imaginez pas que les sanctions conduiront à l'effondrement du régime». Pour ramener la Corée du Nord à la table des négociations, il est nécessaire de déployer d’autres efforts, a-t-il préconisé.

Donald Trump et Kim Jong-un

xb@yna.co.kr

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