2017/10/25 15:36 KST

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(FOCUS) La Corée du Sud écrit un nouveau chapitre dans l’histoire tumultueuse de la démocratie

SEOUL, 25 oct. (Yonhap) -- Au cours de l’année écoulée, la Corée du Sud a écrit une nouvelle page dans l’histoire mouvementée de sa démocratie. Une dirigeante accusée de corruption a été évincée puis traduite en justice. Un nouveau président a pris les rênes du pays et une vaste campagne a été lancée pour soigner les maux du passé.

Ces événements font suite à plusieurs mois de manifestations aux chandelles, massives mais pacifiques, qui ont débuté il y a quasiment un an. Considérés comme une «révolution civile», ces rassemblements sont devenus le symbole de l’aspiration des citoyens à davantage de démocratie et de justice sociale.

La préservation de cet «esprit des veillées aux chandelles» a été la ligne directrice de la politique du président Moon Jae-in qui a été élu en mai dernier, soit deux mois après la révocation de son prédécesseur Park Geun-hye.

«Le nouveau gouvernement de la République de Corée est celui que la révolution des bougies a établi», a déclaré le chef d’Etat progressiste lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le mois dernier. «Au-delà de la signification de cette élection démocratique, ce gouvernement est le fruit du sentiment d’appartenance des citoyens, de leur engagement et de leurs aspirations», a-t-il ajouté.

La première «veillée aux chandelles» s’est déroulée sur la place Gwanghwamun, située dans le centre de Séoul, le 29 octobre 2016. Quelque 30.000 Sud-Coréens se sont rassemblés pour réclamer des excuses et la démission de Park après l’émergence de rumeurs affirmant que sa confidente occulte Choi Soon-sil aurait abusé de son amitié avec la présidente déchue. Son but, extorquer de colossales sommes d’argent aux grands conglomérats.

Jusqu’à la fin du mois d’avril, 23 rassemblements ont eu pour théâtre le cœur de la capitale sud-coréenne, à moins d’un kilomètre de Cheong Wa Dae, le palais présidentiel. Cependant, aucun affrontement majeur n’a été signalé. Les organisateurs ont estimé à 16 millions le nombre total de participants pendant les six mois de manifestations, soit une large part des 51,7 millions d’habitants du pays.

Tout au long de ce mouvement, les citoyens ont réclamé «une nation digne d’être appelée une nation», dont ils puissent être fiers, et la fin de la corruption profondément enracinée au sommet du pouvoir.

Cette photo, prise le 25 février 2017, montre des manifestants lors d'une veillée aux chandelles sur la place Gwangwamun, dans le centre de Séoul.
Cette photo, prise le 25 février 2017, montre des manifestants lors d'une veillée aux chandelles sur la place Gwangwamun, dans le centre de Séoul.

Sensible à leurs appels, l’administration Moon a promis des réformes de grande envergure pour éliminer les «maux entassés» des gouvernements passés, améliorer la transparence dans la gouvernance de l’Etat et restaurer la confiance du peuple.

En juillet, le panel consultatif présidentiel sur la planification des affaires publiques a dévoilé la feuille de route de l’exécutif pour les cinq prochaines années en se basant sur les promesses de réformes du chef de l’Etat.

«La tâche la plus importante du gouvernement Moon est de construire un pays digne de ce nom avec la justice pour fondation», a déclaré le comité dans un communiqué, en promettant d’ouvrir «l’ère des citoyens basée sur la révolution civile aux chandelles».

«La justice est la valeur fondamentale qui englobe les exigences pour surmonter la colère et les angoisses, éliminer les souffrances accumulées et mener des réformes visant à améliorer les moyens de subsistance de la population», a-t-il ajouté.

Au centre de la réforme de Moon Jae-in : s’attaquer aux présumés méfaits des gouvernements conservateurs de Lee Myung-bak et Park Geun-hye qui ont dirigé le pays pendant neuf ans, à partir de 2008.

Ces derniers mois, son administration s’est plongée dans diverses affaires politiques controversées, comme les manquements de l’Etat dans la gestion du naufrage du ferry Sewol en 2014, l’ingérence électorale du Service national de renseignement (NIS) en 2012 et la liste noire de personnalités du monde de la culture qui étaient critiques envers les gouvernements conservateurs.

Le président Moon Jae-in à l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 21 septembre 2017.
Le président Moon Jae-in à l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 21 septembre 2017.

L’exécutif a également appuyé l’éradication de la corruption dans l’industrie de la défense, en dénonçant toutes les irrégularités comme les «actes aidant et encourageant les ennemis». En outre, il a essayé de réorganiser différents organes du pouvoir tels que le NIS et la magistrature, longtemps accusés de partialité politique.

Les efforts de Moon visant à réformer le pays lui ont apporté une grande popularité. Au cours des 100 premiers jours de son mandat présidentiel, son taux d’approbation a oscillé autour de 80%, même s’il s’est situé légèrement en-dessous de 70% ces dernières semaines.

Les partis d’opposition ont scruté cette série de réformes avec beaucoup de circonspection, martelant qu’il s’agit de «représailles politiques». Le président a répudié cet argument, affirmant que son action vise à modifier une «structure d’injustices et de privilèges» profondément enracinée.

Contre vents et marées, Moon doit s’efforcer de poursuivre sa «politique de coopération» étant donné qu’il a besoin du soutien de l’Assemblée nationale, dirigée par l’opposition, pour faire progresser son plan de réformes, ont souligné des observateurs.

Actuellement, le Parti démocrate de Corée, au pouvoir, ne détient que 121 sièges parlementaires, loin de la majorité, dans une assemblée qui en compte 299. Les manifestations aux chandelles ont bénéficié d’une bonne image, non seulement auprès des citoyens du pays mais aussi auprès des étrangers.

La Friedrich Ebert Stiftung, la plus ancienne fondation politique d’Allemagne, a décidé de décerner cette année le Prix des droits de l’Homme aux manifestants sud-coréens pour leur contribution au renforcement de la démocratie. La cérémonie de remise du prix se déroulera le 5 décembre à Berlin.

«L’exercice pacifique de la participation démocratique et, en particulier, le droit civique de réunion pacifique sont les éléments essentiels de la démocratie», a déclaré Sven Schwersensky, le représentant du bureau coréen de la fondation, lors d’une conférence de presse tenue la semaine dernière.

lp@yna.co.kr

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