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2017/02/15 11:47 KST

(FOCUS) «L’assassinat de Kim Jong-nam a été orchestré à 100% par son demi-frère»

SEOUL, 15 fév. (Yonhap) -- Les analyses des experts sur l’origine de l’assassinat de Kim Jong-nam en Malaisie, demi-frère du jeune leader nord-coréen Kim Jong-un, se résument à la conjecture selon laquelle cette opération a été orchestrée à 100% par ce dernier dans le but d’exterminer le dernier élément de risque pour son maintien au pouvoir.

D’après une source gouvernementale et des médias locaux, Kim Jong-nam (né en 1971) a été assassiné par empoisonnement par deux femmes non identifiées au terminal 2 de l’aéroport international de Kuala Lumpur vers 9h du matin le 13 février dernier. Kim attendait son embarquement dans un avion à destination de Macao, dont le décollage était prévu pour 10h (heure locale).

Ces deux femmes en fuite sont vraisemblablement des agents des services secrets nord-coréens et aurait pulvérisé un liquide toxique sur le visage de Kim, d’après des rapports de médias locaux.

Des photos postés sur le compte Facebook de Kim Chol, un ami proche du fils de Kim Jong-nam (Photo d'archives)
Kim Jong-nam

Des photos postés sur le compte Facebook de Kim Chol, un ami proche du fils de Kim Jong-nam (Photo d'archives)

Ci-dessous les analyses d’experts de la Corée du Nord :

◇ Kim Keun-sik : professeur de sciences politiques à l’université de Kyungnam

Essentiellement, il s’agit d’un assassinat qui avait pour but d’exterminer le dernier élément de risque pour le régime Kim Jong-un. Le demi-frère assassiné, en errance dans les pays étrangers, avait fréquemment préconisé l’ouverture, la réforme et la démocratie en Corée du Nord. Le jeune leader, qui a accédé au pouvoir il y a cinq ans, aurait ressenti des risques de voir son demi-frère hausser la voix à un niveau hors de contrôle.

Puisque Kim Jong-nam a du sang de la famille Paekdu, descendants directs du fondateur du pays ermite, et est l’aîné de la troisième génération, il est un symbole dynastique autour duquel les élites nord-coréennes peuvent s’unir. Dans ce contexte, Kim Jong-nam serait une vraie menace pour le jeune Kim Jong-un qui aurait décidé d’éliminer cette force centripète.

Pour l’instant, il n’y a pas de signes de ballottement au sein du pouvoir nord-coréen et Kim Jong-un aurait plutôt confiance quant à sa mainmise sur le pouvoir et au maintien de son autorité, qui a atteint son apogée. Puisque Kim Jong-un a neutralisé les élites nord-coréennes au pouvoir, l’assassinat de son demi-frère est une action de destruction du dernier germe, voire du 1% d’éventualités restantes.

◇ Cho Han-bum : chercheur de l’Institut coréen pour l’unification nationale (KINU)

L’assassinat de Kim Jong-nam a été effectuée à 100% sur ordre de son demi-frère, Kim Jong-un. Cet assassinat serait lié à un «évènement interne» à la Corée du Nord qui a eu lieu récemment. Si Kim Jong-nam n’avait pas été mouillé dans ce genre d’évènement, le régime nord-coréen n’aurait pas fait cette action qui est allée trop loin. Cet évènement serait notamment un mouvement d’intronisation de Kim Jong-nam au pouvoir en destituant Kim Jong-un, sinon une tentative de Kim Jong-nam pour influencer les politiques internes de la Corée du Nord.

(Photo d'archives)
Kim Jong-un (à gauche) et Kim Jong-nam

(Photo d'archives)

◇ Cheong Seong-chang : chef du bureau d’étude de la stratégie de l’unification à l’institut Sejong

S’il n’y avait pas eu d’accord ni d’autorisation de Kim Jong-un, l’assassinat de Kim Jong-nam n’aurait pas eu lieu. Un autre motif de cet assassinat serait les rapports médiatiques publiés récemment sur la tentative d’exil politique de Kim Jong-nam en 2012. C’était la première fois que ce genre de tentative était divulguée, alors son demi-frère, Kim Jong-un, au pouvoir, serait devenu furieux lorsqu’il a entendu cette nouvelle.

L’organe qui serait intervenu dans cet assassinat pourrait être le Bureau général de reconnaissance (renseignements nord-coréens). Cet organe était chargé de la surveillance permanente de Kim Jong-nam puis a mené l’opération d’assassinat dans le cadre de ses actions. Si Kim Jong-un a réussi à éliminer sa bête noire, son isolement sur la scène internationale s’alourdira de plus en plus. Cet aspect négatif déstabilisera également la position politique du régime Kim Jong-un à cause d’une montée du mécontentement des cadres et du peuple.

◇ Koh Yu-hwan : professeur d’études nord-coréennes à l’université Dongkuk

Kim Jong-nam, en errance dans les pays étrangers depuis qu’il a été écarté du pouvoir, aurait pu avoir souffert d’un manque d’argent en raison d’une coupure du soutien financier venant de Pyongyang alors qu’il pourrait tenter un exil politique en considérant l’avenir de son fils qui a fini ses études à Sciences Po, au Havre en France.

Il est possible que le régime nord-coréen ait commis ce meurtre comme une solution ultime afin de bloquer cette tentative (d’exil politique). Je pense que cette motivation est la plus convaincante puisque Kim Jong-un a déjà éliminé son oncle Jang Song-thaek. Son demi-frère assassiné n’a pas d’organes sur lesquels s'appuyer pour son accès au pouvoir.

Le défunt leader nord-coréen Kim Jong-il (à gauche) et son fils aîné Kim Jong-nam. La photo a été prise en août 1981 à Pyongyang (Woman Joins=Yonhap)
Kim Jong-il (à gauche) et Kim Jong-nam

Le défunt leader nord-coréen Kim Jong-il (à gauche) et son fils aîné Kim Jong-nam. La photo a été prise en août 1981 à Pyongyang (Woman Joins=Yonhap)

◇ Moon Sung-mook : chef du bureau de la stratégie de l’unification à l’Institut pour la stratégie de sécurité nationale (INSS)

Il s’agit d’un acte orchestré par Kim Jong-un. Il aurait pensé que Kim Jong-nam est un blocus pour consolider son règne sur le pays et attendait le moment propice pour l’assassiner. Son demi-frère, Kim Jong-nam, le critiquait toujours. Si Kim Jong-nam avait gagné en importance, il aurait pu devenir un danger pour Kim Jong-un. D’ailleurs, Kim Jong-nam est l’aîné de la famille Kim.

◇ Chang Yong-seok : chercheur de l’Institut pour les études sur la paix et l’unification (IPUS) de l’université nationale de Séoul

Kim Jong-nam était un élément de danger pour le maintien du pouvoir par Kim Jong-un mais il n’était pas si dangereux au point de faire trembler immédiatement le régime nord-coréen et d’inciter la sécession des élites nord-coréennes au pouvoir. Son assassinat aurait été ordonné par le régime nord-coréen qui craint la moindre possibilité de son renversement.

Il ne s’agirait surtout pas d’une motivation cherchant la déstabilisation de Kim Jong-un. Le régime nord-coréen aurait constamment tenté d’assassiner Kim Jong-nam et il aurait réussi cette fois-ci.

jhoh@yna.co.kr

(FIN)