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2017/02/17 08:50 KST

(FOCUS) Le vide au sommet du groupe place Samsung en état d'alerte

SEOUL, 17 fév. (Yonhap) -- Le groupe Samsung, le plus grand conglomérat de Corée du Sud, est en état d'alerte après que son patron de facto, Lee Jae-yong, a été placé en détention provisoire pour son rôle présumé dans le scandale de corruption et de trafic d’influence qui a entraîné la destitution de la présidente Park Geun-hye.

L'équipe d'investigation indépendante a déposé mardi une demande de mandat d'arrêt contre Lee, vice-président de la société phare du groupe, Samsung Electronics Co., pour la deuxième fois en un mois avec de nouvelles accusations.

L’équipe se focalise sur les liens de Samsung avec Park. Lee est accusé d’avoir versé des pots-de-vin totalisant 43 milliards de wons (37,8 millions de dollars) aux deux fondations contrôlées par l'amie de 40 ans de la présidente, Choi Soon-sil.

ⓒ Yonhap News TV

Les procureurs soupçonnent que les pots-de-vin ont été versés pour obtenir une faveur du Service national des retraites (NPS) en 2015 lors de la fusion entre deux des filiales de Samsung, une opération considérée comme une étape cruciale dans la succession entre Lee et son père. Lee est également accusé de détournement de fonds, de faux témoignages et d’avoir autorisé le groupe à acheter deux chevaux à des prix exorbitants pour la fille de Choi.

L'Assemblée nationale a voté le mois dernier en faveur de la destitution de la présidente, qui reste à être validée par la Cour constitutionnelle. Park, Choi et le groupe de Samsung nient les accusations de corruption.

Bien qu'il n'y ait pas de risques de fuite vers l'étranger ou de suppression de preuves, la décision du tribunal de délivrer un mandat d'arrêt contre Lee laisse entendre que son cas pourrait être lié au sort de Park, ont estimé des experts juridiques.

Lee Jae-yong quitte le centre de détention de Séoul le 19 janvier 2017 après que la Cour centrale du district de Séoul a rejetté la demande de mandat d'arrêt à son encontre (Photo d'archives Yonhap)
Lee Jae-yong quitte le centre de détention de Séoul le 19 janvier 2017 après que la Cour centrale du district de Séoul a rejetté la demande de mandat d'arrêt à son encontre (Photo d'archives Yonhap)

Les procureurs peuvent détenir Lee jusqu'à 21 jours avant de l'inculper.

Des officiels de Samsung qui s’étaient engagés à «révéler la vérité à la cour» avant la délivrance du mandat d’arrêt craignent que le vide à la tête de l'entreprise ne paralyse les grandes décisions du groupe.

Lee jouait un rôle central dans la prise de décision du conglomérat depuis l'hospitalisation de son père, Lee Kun-hee, suite à une attaque cardiaque en 2014.

Après l'éclatement du scandale, Samsung n'a pas procédé à son remaniement annuel et n'a pas pu présenter les objectifs pour cette année.

«Il est très regrettable que le tribunal ait émis un mandat d'arrêt contre le vice-président Lee même s'il n'y pas de risque de fuite ni de destruction de preuves», a noté un officiel de Samsung.

Au cours de l'instruction, Lee a nié les allégations de corruption et de détournement de fonds, selon des sources.

Un autre responsable de Samsung a indiqué que les décisions du groupe sur les nouveaux investissements ou acquisitions seraient fortement freinées à cause du vide à la tête de l'entreprise.

C’est n'est pourtant pas la première fois qu'un patron du groupe Samsung est en porte-à-faux avec la justice. En 2008, Lee Kun-hee et trois autres cadres de Samsung ont été condamnés à trois ans de prison avec sursis pour évasion fiscale et malversations financières. Jusqu'au retour de Lee en 2010, des dirigeants du groupe ont pris des décisions importantes sur les activités de Samsung.

Face à la possibilité d'une longue absence de Lee Jae-yong, le bureau de la stratégie future du groupe qui assure les décisions à l'échelle de l'entreprise devrait jouer un rôle central dans le processus de prise de décisions.

Cela dit, les projets de réorganisation du groupe, tels qu'une éventuelle transformation de Samsung Electronics en une structure de holding, ne pourront probablement pas être réalisés avant la mise en liberté de Lee, ont indiqué des officiels de Samsung.

En novembre dernier, Samsung Electronics a annoncé un accord de 8 milliards de dollars pour racheter Harman International Industries Inc. Les actionnaires de Harman se réuniront plus tard cette semaine pour approuver ou non l'accord. Les officiels de Samsung s'inquiètent aussi que l'accord avec Harman ne soit affecté par l'arrestation de Lee.

Cette mise en détention provisoire intervient à un moment où Samsung s'efforce de surmonter les retombées du rappel mondial du Galaxy Note 7.

Des observateurs du secteur ont fait remarquer que Samsung pourrait être affecté par les lois anti-corruption aux Etats-Unis après le placement en détention provisoire de Lee. Même si Samsung Electronics n'est pas coté sur la bourse américaine, il est possible que les activités de Samsung soient limitées en vertu de la loi américaine, ont-ils ajouté.

Kwon Tae-shin, chef de l’Institut coréen de recherche économique (KERI) qui avait également représenté le pays à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2016, a déclaré : «A l’époque, l’OCDE interdisait les transactions avec des entreprises corrompues. Il est possible que Samsung soit exclu à l'avenir des appels d’offres publics par les organisations internationales.»

lsr@yna.co.kr

(FIN)